Il était rentré chez lui, navré, la tête vide, à peu près aussi ignorant que quelques heures auparavant, quand il errait dans les rues borgnes, enfiévré du besoin de connaître. De ce tourbillon où les choses s’étaient embrouillées, un émoi lui restait seulement ; comme une idole mal entrevue dans l’épouvante des yeux, le sexe demeurait pour lui un angoissant mystère.

Le lendemain, il médita longuement son aventure ; il conclut qu’il était mal tombé, et que dans de meilleures circonstances, avec une personne plus agréable, il eût été plus heureux.

Il se décida à interroger des camarades d’école ; ceux-ci lui donnèrent une adresse, le conseillèrent, avec toute sorte d’encouragements…

— Tu demanderas Georgette… Tu demanderas Mignon…

Il alla demander Georgette, et, quelques jours après, Mignon. L’installation lui sembla confortable, les divans moelleux ; il nota la bonne condition du linge. Les deux dames étaient élégantes ; elles furent gracieuses. Elles dévoilèrent de bon gré, avec des indulgences et des flatteries, les secrets de leurs personnes ; leurs personnes étaient jolies et se faisaient désirables ; elles donnaient du plaisir. Marcelin connut pourtant ce sentiment qu’auparavant il ne pouvait seulement concevoir en son esprit ; l’horreur après le désir satisfait. Il restait stupéfait, autrefois, quand il lisait, quand il entendait dire que le désir ne laissait pas derrière lui le rayonnement de sa jubilation… Eh bien, il l’avait éprouvé, le désir : et puis, il n’avait plus eu dans ses bras que le cadavre de la créature, veuve de tout charme.

Après ces premières équipées, longtemps il resta sage. C’était peut-être la régularité de la vie à la pension et du travail, la monotonie des jours sans incidents. Peut-être aussi que la curiosité plutôt que l’instinct avait été surexcitée en lui. Et il se disait que sans doute aussi les besoins plus purs, les rêveries d’amour partagé, et cette poésie qui toujours l’exaspérait mais le consolait, ne comportaient pas la satisfaction qu’eussent offerte Georgette et Mignon.

II

Les premiers jours d’août, Marcelin se rendit aux Andelys.

Son cousin Georges Desruyssarts, le fils aîné de son tuteur Desruyssarts de Rouen, se mariait ; il épousait la fille d’un tanneur du pays ; toute la famille était convoquée pour la cérémonie ; Marcelin était garçon d’honneur.