— Pour une grande fille de ton âge, gronda la mère…

— Après ?… riposta la fille.

Les deux papas s’étaient assis dans un coin et causaient en fumant ; c’était une ressource ; Marcelin allait les rejoindre entre deux parties ; ou bien il ramassait les pièces et marquait les coups ; cela l’occupait. Il frémit quand il entendit sa cousine inviter ses amis à dîner ; ils acceptèrent de suite ; ils demeuraient à deux pas ; ils prendraient juste le temps d’aller s’habiller pour revenir à sept heures ; et l’on resta au jardin.

Gustave s’était étendu dans un hamac et fumait des cigarettes. A droite, sa sœur s’était assise ; à gauche, Paule ; et toutes deux imploraient des cigarettes qu’on leur accordait sous des conditions bizarres ; elles fumaient. De temps en temps, Gustave donnait un mouvement au hamac et venait heurter les deux jeunes filles qui s’esclaffaient.

Quand ils furent partis s’habiller, Marcelin resta seul avec sa cousine Paule. Elle portait allègrement ses vingt-six ans ; seule avec lui, elle était volontiers cordiale et camarade ; quand les Rigout étaient là, elle ne connaissait plus personne. Elle lui demanda son avis sur eux ; il dut professer une énorme sympathie.

— N’est-ce pas ? faisait-elle.

Une demi-heure après, ils étaient de retour. Les deux dames Rigout avaient de petits costumes de casino, le même toutes deux, crème, en cachemire, à petits plis, avec un ruban de ceinture, toutes deux des fleurs dans les cheveux. Le dîner commença convenablement ; il finit dans la démence ; les jeunes filles imitaient des cris d’animaux ; Gustave disait qu’il voulait griser madame Delannoy qui pleurait de rire.

— Eh bien, Marcelin, tu n’es pas gai, tu n’as pas d’entrain, disait la bonne dame.

Il n’était pas gai et n’avait aucun entrain. Maintenant, il était en dehors de la société. Par moments, il enviait la folie des autres, leur aisance, leur confiance en eux, leur sans-gêne parfait, et il souhaitait de les imiter, qu’ils l’y aidassent, qu’il se sentît encouragé, entraîné…

La jeune cousine l’avait abandonné, et les trois jeunes gens, sentant qu’il n’était pas de leurs façons, avaient cessé de lui adresser la parole. Son embarras augmentait sans cesse ; il était assis entre sa vieille cousine et mademoiselle Rigout ; la vieille cousine s’occupait de son service, de ses invités, de lui un peu ; mademoiselle Julie avait oublié son existence. Ses plaisanteries, celles de Paule, les farces de chacun passaient à présent au-dessus de sa tête ; il n’avait plus même besoin de se forcer à sourire.