Marcelin menait une vie ridicule. Il essayait des conseils de l’aîné des frères Crémone. Il était entré en campagne ; il suivait les petites couturières, les modistes, à travers la Chaussée d’Antin et les rues qui montent aux Batignolles et à Montmartre.
Le soir et le matin, elles passaient seules ou à deux ; à midi, quand elles allaient déjeuner, elles étaient par bandes de quatre à six ; alors, elles étaient inabordables. C’est le soir qu’il fallait opérer.
La première difficulté était de bien voir ; d’un coup d’œil, il fallait apprécier les charmes physiques et les qualités morales. Souvent, après un quart d’heure de suivage, un bec de gaz illuminait des antipathies décisives.
Ensuite, il fallait savoir suivre, pas trop près, pas trop loin, quelquefois de l’autre côté de la rue. Et puis, parler… Oh ! de cela comment venir jamais à bout ? quoi dire, bon Dieu, qui ne fût stupide ?
Conclusion : rien, rien, rien.
… Heureusement qu’il y avait cette vieille et bonne hospitalité des Mignon et des Georgette !
Cela faisait dix jours. Marcelin en avait assez, des trottins qui ne lui répondaient pas, ou l’envoyaient promener.
Il alla voir Crémone ; il lui confia ses tentatives, ses échecs.
— Vous n’êtes pas assez hardi.