— En ce cas, il y a des fauteuils à l’entrée…
— C’est cela, je vais les prendre.
Il la laissa faire ; une telle fatigue l’accablait qu’il en oubliait la politesse. Même, à peine installé sur le siège, devant les marches de l’entrée, il ferma les yeux, et comme Thérèse murmurait encore :
— Quelle féerie !
— A votre aise, répondit-il, la vue n’en coûte rien.
Puis ils se turent, lui réfléchissant avec désespoir au trouble installé désormais dans ses habitudes, elle absorbée tout entière par la magnificence du soir.
Le jour maintenant s’éteignait par petits coups, sans qu’on saisît l’instant précis où le machiniste invisible baissait les flammes de la rampe. Il y avait des minutes où l’on sentait que les choses restaient pareilles, les toits rouges, les murs dorés ; soudain le rouge avait pâli, l’or était devenu livide, et l’on ne savait à quel moment c’était venu. Fluide, l’ombre se répandait dans les creux, léchait le pied des collines ainsi qu’une berge, gagnait sournoisement les sillons. Et peu à peu, après avoir seulement baigné les troncs, voici qu’elle couvrait le sol, coulait sa masse puissante sur les champs disparus, se haussait vers les branches ; une seconde, la plaine ne fut plus qu’un grand lac où flottaient des bouquets ; une seconde encore, le lac devint mer. La montagne s’effaça ; après elle, le ciel. Enfin le noir qui s’étend, un océan de noir au fond duquel Thérèse elle-même se sent noyée, si bien que découvrant les premières étoiles, il lui semble tout à coup voir passer un navire là-haut, sur la surface, seulement reconnaissable à ses fanaux.
— A propos, reprit M. Lethois qui suivait le cours de ses pensées, je vous demanderai encore de ne pas limiter au dîner votre indulgence. Ici les choses, en temps normal, ne vont qu’à demi. Or, vous tombez à un mauvais moment.
Thérèse tressaillit : après ce long silence, le bruit d’une voix l’avait surprise péniblement.
— Serait-ce que je vous gêne ? commença-t-elle.