Puis il s’effaça dans l’ombre de la nef et Jude, que cette rencontre avait distrait un instant, se sentit de nouveau rouler dans les ténèbres. Le vent s’était levé. La désolation de la place morte semblait accrue par la disparition du prêtre. Absorbé lui aussi par son mal secret, Jude se remit en marche.
Malgré la certitude que Montaigut était désert, à chaque détour de ruelle, il interrogeait maintenant l’espace, comme s’il se fût attendu à y trouver un messager de l’usine. Lorsqu’il atteignit la route, apercevant une voiture qui arrivait de Revel, il eut un frémissement :
— Clerc, peut-être !…
Les moindres apparences semblent s’adapter à nos angoisses. A mesure que cette voiture approchait, Jude croyait mieux distinguer la silhouette redoutée : Clerc seul avait cette manière de tenir le fouet, ces épaules rondes… quant au véhicule, break de louage, son signalement importait peu.
Cependant, trottinant d’une allure paisible, l’attelage rejoignait Jude ; et Pontillac, ayant levé la tête, criait le premier depuis son siège :
— Que diable faites-vous là ? vous avez l’air de me regarder comme un miracle !
Ce n’était que le médecin…
— Excusez-moi, dit Jude avec un soupir de délivrance, je ne vous reconnaissais pas… mais vous-même, où allez-vous donc à pareille heure ?
Pontillac, après avoir ramassé les rênes, les jeta autour du fouet et descendant :
— Tournée du mercredi, à Montaigut, Saint-Julia et Saint-Félix… expliqua-t-il. Eh ! mère Fouasse ! me voici… chez qui suis-je attendu ?