— Le beau miracle qu’a fait la poste !

Transfiguré par la joie, le prêtre s’était redressé.

— Oh ! ne riez pas ! s’écria-t-il. Dieu n’a pas cessé d’enfanter des merveilles. Si les aveugles ne les reconnaissent pas, c’est qu’ils ne peuvent plus voir. Cela n’empêche pas le surnaturel de baigner notre vie ! Tenez, si je vous interrogeais seulement sur votre matinée, je suis sûr que, pressé de questions, vous reconnaîtriez qu’une volonté souveraine, plus forte que vos courtes volontés, vous a mené où vous ne vouliez pas ! Le voilà, le miracle ! C’est l’action divine, presciente de l’avenir, toujours au guet, qui à l’heure où nous avons du chagrin nous console, ou qui encore, en plein danger, nous met par des voies imprévues le secours à portée !

Interdit, Jude examina M. Taffin pour s’assurer qu’une telle clairvoyance n’était pas le résultat d’un espionnage :

— On vous a dit ce que j’ai fait ce matin ?

Mais M. Taffin n’entendit pas : s’il éprouvait un besoin violent de parler de son bonheur, le reste du monde lui échappait.

— Je vous répète que Dieu est bon ! Six jours d’attente vaine ! Ce matin encore, je m’étais dit : « C’est fini, jamais Heimath n’écrira ! » Et puis, au sortir de la messe, je rentre au presbytère, j’ouvre la porte… que vois-je ? cette enveloppe à terre qui m’attend. Elle est venue le jour même où vous êtes là pour la traduire !… Elle est venue comment ? qui l’a portée ? je ne sais. Le facteur n’est pas passé. Serait-ce quelqu’un de Revel ? Personne à Revel ne soupçonne mon attente. Cadette que j’ai interrogée ne s’est aperçue de rien…

Jude interrompit encore :

— Bref, un message du ciel.

— Vous raillez encore ! Prenez garde : si tant de fois on se heurte à l’inexplicable, c’est que Dieu n’a pas besoin d’anges pour accomplir ses voies. Pour moi, c’est une lettre qui lui sert : pour vous, c’est autre chose, moi peut-être, ou quelqu’un qui va venir !