— Craindriez-vous que je n’aille lire dans les ordures ?

Alors une frénésie de mâle trompé :

— Il y avait là tout à l’heure des morceaux… de petits morceaux de papier. Ils y étaient quand je suis parti. Je veux qu’on les retrouve. Aidez-moi à les chercher, tout de suite !

— Les chercher ? où ? Puisque je vous dis que j’ai dû jeter au moins dix seaux avant d’enlever le fumier qui était devant chez vous !

— Dieu de Dieu !

M. Taffin a levé les mains ; sa voix tonne. A l’aspect de cet homme à demi fou, maculé de boue, hurlant son désastre, Cadette a un brusque recul et s’efface dans le couloir : la porte bat, le verrou grince. M. Taffin ne trouve plus devant lui qu’une muraille close…

Il recula. Il ne se rendait plus compte de ce qu’il avait dit ou fait. Il ne se souvenait même plus de ce qu’il était venu chercher. Fermant les yeux, il enviait la félicité des plantes. Quel châtiment d’avoir une âme !

Puis ce fut un appétit furieux d’oubli. Il aurait voulu ignorer quel il était et que d’autres hommes pouvaient passer près de lui. Tout était donc fini ! Quand on perd une femme, un ami, encore reste-t-il une tombe. Lui n’avait plus rien, pas même un Dieu ! Car savait-il si Dieu n’est pas chimère, la Trinité un rébus de visionnaire, le sacerdoce un mode barbare de fonctionnarisme traditionnel ? Hier, il eût signé de son sang la réalité de l’aimée tant il avait perçu mille fois sa présence, et l’aimée n’existait pas ! Tout mentait. Le mensonge était dans sa conscience, dans son chagrin. Le néant lui-même devait mentir !

— Ah ! M’sieu le curé, c’est le bon Dieu qui vous envoie !

Livide, M. Taffin ouvrit les yeux. Une forme avait surgi près de lui. La Blanchotte, ivre d’avoir vu agoniser sa fille, sanglotait à son côté.