Et, grisé par sa logique, M. Lethois poussait encore au delà :
« Puisque tout varie, la science — ma science — n’est peut-être qu’un catalogue d’apparences. Point de réalité, mais une vision relative. Nul moyen de confronter l’une avec l’autre. L’erreur est à la base, indiscernable et organique. Cette observation même sur laquelle je m’appuie… »
Une révolte interrompit ce délire. Tout pouvait chanceler, hormis l’œuvre de M. Lethois ! Au même instant des coups s’égrenèrent dans l’air lointain. L’horloge de l’église sonnait à Montaigut.
M. Lethois revint à lui.
— Minuit ! déjà !… Au fait, c’est aujourd’hui qu’arrive Mlle Wimereux.
Cette pensée désagréable acheva de chasser les autres. En tout temps, changer ses habitudes lui avait répugné. C’était bien pis cette fois : il faudrait ranger la maison, s’occuper des repas, surveiller sa tenue…
— Tout cela, pour rien peut-être !…
Alors, violemment, il referma la lucarne et s’étant résigné à ne point prolonger une rêverie vaine, il partit.
Revenu sur le palier, il dut comme à l’arrivée poser à terre le bougeoir afin de fermer la porte. Il avait déjà glissé le cadenas dans les crochets, introduisait la clé dans l’entrée, quand il s’interrompit, stupéfait. La lumière qu’il regardait machinalement venait de s’envelopper de brume. Puis cette brume épaissit. Progressivement, la flamme pâlissait… pâlissait… Bientôt, elle cessa d’être distincte, et la brume, à son tour, devint épaisse comme une fumée d’usine. Elle semblait maintenant envahir l’escalier, lécher les murailles, s’étaler, toujours plus sombre. Soudain, plus rien : le noir…
M. Lethois porta les mains à son front. En vérité, il ne rêvait pas ; il n’était pas halluciné ; il se sentait vivre, remuer, agir…