Une minute passa, longue comme un siècle. Le noir demeurait absolu, sans vibration, tout uni, un noir qui donnait la sensation d’étouffer au fond d’un gouffre, inexprimable…
S’efforçant de dominer son angoisse, M. Lethois dit à voix haute :
— Est-ce que par hasard le vent aurait éteint la bougie ?
Et se baissant, il tendit la main vers elle. Mais, chose étrange, à mesure qu’il cherchait, il avait l’intuition de ne plus percevoir ni la direction ni la distance. C’était comme s’il avait flotté dans un espace mort.
Une exclamation suivit. Son poignet venait de rencontrer la flamme. Quelque chose ensuite roula sur les marches, — le bougeoir sans doute, renversé dans le tressaillement causé par la brûlure.
Figé d’horreur, M. Lethois écouta le cliquetis de la bobèche qui se brisait. Puisque la lumière était là, et flambait, était-ce donc lui qui ne la voyait pas ? Avec un geste d’égarement, il releva ses mains tremblantes, se frotta les paupières. En même temps, pris de vertige, il mesurait ce cataclysme inique, monstrueux : plus d’observations, plus de travail, et l’œuvre avortant au moment d’être achevée !
Puis, subitement, il chercha la rampe, la suivit. Il avait pu se tromper, la bougie avait dû subir une transformation inconnue. Dehors, au contraire, les étoiles n’avaient pas disparu : il allait dehors pour vérifier qu’elles y étaient toujours.
Ah ! les voir ! Dix ans de sa vie, pour les voir comme tout à l’heure !
Déjà il avait gagné l’entrée, chassait les verrous, tirait à lui le vantail. C’est ouvert. Est-il bien sûr que ce le soit ? Dans le noir, on ne sait plus. Allons, encore un pas, encore un autre… Cette fois M. Lethois est bien sorti, cela se sent à l’air humide, à l’odeur qui monte des feuillées. Il lève la tête, il a beau regarder : les étoiles ne sont plus là ! Aveugle ! il est aveugle !
Un grand cri retentit :