— Voilà… j’ai trouvé… C’est demain matin seulement que je pourrai partir… Descends la grande malle !

— Mademoiselle s’en va ?

— Tu es encore là ! Je te dis de courir au grenier ! Il me faut la malle… tout de suite !

Du geste, elle chassait Dorothée. Une volupté inondait son cœur ressuscité. Demain, elle prendrait donc le train que Marc avait pris tout à l’heure ! Comme la vie est bonne ! Une décision d’une seconde et l’avenir s’éclaire, devient simple, délicieux. Demain, elle partirait !

Elle alla vers la fenêtre, s’accouda au chambranle.

En face d’elle, il y avait seulement la rue avec la forge de Dominique, la rue étriquée entre des murs si vieux qu’ils semblaient n’avoir jamais été jeunes. Apparition d’un passé mort et rappel inutile : Mlle Peyrolles ne voyait plus.

Du pavé aussi, des moindres ouvertures, on eût dit que des voix sortaient — toutes les voix du village morne, exaspéré par cette évasion et s’efforçant de rappeler l’infidèle. Mlle Peyrolles n’entendait pas, non plus.

Emportée par une sorte de délire, elle dit encore :

— Demain !

Et sans doute, Paris devait être un océan de maisons. Avant d’y retrouver Marc dont elle ignorait l’adresse, peut-être faudrait-il errer durant des jours, des semaines… Qu’était cela devant les obstacles déjà renversés ? Elle irait ! Moment triomphal : plus de regrets, même plus de haine pour l’intruse, cause de tout le drame. Pour goûter une pareille ivresse, ce n’est pas trop payer que d’avoir donné l’éternité !