M. Taffin fit une geste incrédule :
— Oh ! lui !…
— Lui comme les autres ! Je vous affirme que le monde est semblable à la mer. A la surface, il y a de petites vagues innombrables qui blanchissent, écument, se battent, disparaissent… mais plus bas, les courants circulent, invisibles, et ce sont eux qui poussent les navires ! Depuis hier, je suis ainsi portée. Moi, je ne sais plus où ils me mènent, si j’obéis à un appétit de bonheur égoïste, ou au désir de secourir autrui, et c’est ce qui m’effraye ! Mais vous ! Oh ! pour vous, je n’ai point de doute ! Quoi que vous soyez devenu, même si par hasard la foi vous échappait, vous devriez rester ! On ne vit pas impunément une vie de dévouement. Imaginez une seconde quelles ont été vos joies jusqu’à ce jour : toutes, même l’amour, sont venues de votre charité, jamais de votre dogme ! Vous êtes le prisonnier du bien que vous avez fait. Croyant ou non, vous resterez !
A mesure qu’elle parlait, M. Taffin avait écouté d’abord avec une curiosité passionnée. Puis, se raidissant, il s’était levé. On eût dit que, de tout son cœur, il tentait de repousser l’assaut de ces phrases impérieuses.
Entraînée par une sorte de divination, Thérèse acheva, montrant la chambre funèbre :
— Et maintenant, venez ! Lui, mieux que moi, saura vous y obliger !
— Je ne peux plus prier !
— Vous le pourrez !… sinon, seriez-vous monté ici ?
Cette fois, M. Taffin ferma les yeux. La lumière projetée dans sa conscience par cette femme lui donnait le vertige. Il était donc possible que, rivé au métier, il le fût par la joie ! possible qu’en n’osant plus partir, il eût obéi au seul instinct de vivre qui est la sauvegarde du bonheur ! Cependant, n’était-il pas vrai aussi qu’à la seule pensée de dire sa messe, un effroi le clouait au sol, vrai encore que le doute une fois entré au cœur, la certitude ne se retrouve plus ?
— D’où peut venir votre assurance ? balbutia-t-il à demi vaincu déjà.