— Vous voyez bien, s’écria Thérèse, déjà vous m’avez crue !
Il y eut une pause. Au moment d’abandonner la cime, M. Taffin embrassait d’un coup d’œil le passé qui se déroulait au loin comme un steppe. Plus près seulement, une oasis apparaissait : mirage décevant, qui en s’évanouissant avait menacé d’entraîner avec lui l’univers. Oui, le passé avait bien été cela, mais il était aussi la récompense quotidienne parce qu’on a consolé des humbles et béni des mourants. Mille fleurs de joie, mystérieuses et menues, en avaient jalonné le chemin, tandis que maintenant l’autre versant ayant paru, on n’apercevait plus que des abîmes… A quoi bon tant d’efforts si la récompense est de changer seulement de ténèbres ?
Puis une vague d’espoir rafraîchit son âme. Tout à coup, il pressentait qu’après l’effroyable tourmente sa vie pouvait encore reprendre désolée, mais sereine autant que jadis : de cette crise ne resteraient qu’une pitié plus humaine, plus de tendresse pour ceux que la douleur terrasse…
Une paix glaciale comme un suaire recouvrit enfin ce cœur qui avait erré si longtemps sans découvrir sa route :
— En effet, soupira M. Taffin d’une voix éteinte, je dois… il faut que je vous croie !…
Il approcha ensuite de la porte que Thérèse allait ouvrir :
— Je vous en prie, oubliez ce que j’ai dit. Je n’oublierai jamais ce que vous avez fait !
Thérèse alors eut un retour cruel sur elle-même :
— Mais moi !…
— Oh vous ! Dieu vous attend… Je suis la preuve qu’il nous mène où il veut et à l’heure qui lui plaît.