Elle ne répondit que par un geste désespéré. Elle allait aussi le suivre : mais il fit signe qu’il voulait entrer seul, et elle resta. Une fois de plus, elle venait de consoler une âme et la sienne demeurait au même point.
— Faut-il donc que je sois toujours abandonnée ! s’écria-t-elle douloureusement.
Une indicible amertume montait à ses lèvres. Elle aurait voulu appeler au secours. En même temps, sa volonté défaillit, car en guise de réponse, l’image de Jude, un instant écartée par le drame, venait de reparaître. Image de désespoir, appel irrésistible et déchirant. « Sans toi, criait-elle maintenant, que vais-je devenir ? » De la rue aussi, des reproches semblaient monter : « Que fais-tu là ? Tu sauves des inconnus, et tu laisses mourir celui qui t’attendait ! »
— Ah ! s’écria encore Thérèse, je suis folle ! Ce sont les vivants qui seuls doivent compter !
Une horreur lui venait, tout à coup, pour la maison de mort, cette pièce vide, tous les faux devoirs auxquels ses scrupules s’étaient attardés. Frissonnante, elle approcha du seuil et certaine, à son tour, d’aller vers la vérité, elle s’élança vers l’escalier.
Dehors, il faisait toujours un clair soleil. De tous côtés dans le ciel, des nuages voletaient très haut, pareils à des oiseaux.
Thérèse traversa d’abord le boulevard ; elle reprit ensuite d’instinct ce même chemin où la veille ils avaient promené, si près l’un de l’autre, si loin de catastrophes qui devaient suivre, leur ivresse d’une heure.
Soudain, un bruit de pas hardis.
— Vous emballez pas, Mam’zelle… C’est moi qui passe.