Rebâtir ! Le mot sonnait grandiose dans la bouche de cet homme qui n’avait jamais rien possédé. Et Thérèse encore chancela. C’était vrai que Jude devait désespérer, vrai que d’un mot elle pouvait relever ce vaincu. Comme ils seraient forts, à deux, unis, fondus en une seule âme ! Le Pêcheur avait raison : c’était l’heure. La mort ne compte pas : l’usine avait croulé, il fallait rebâtir, tous les deux !

— Pourquoi m’as-tu dit cela ? murmura-t-elle défaillante.

La poitrine du Pêcheur siffla.

— Parce que je ne reviendrai pas… avant longtemps.

Et ils se turent.

Vingt mètres à peine les séparaient de la garde-barrière. Arrivé là, on pouvait à volonté ou regagner l’usine ou filer vers la campagne.

Les yeux du Pêcheur ne quittèrent plus Thérèse. Regard étrange, ardent, qui paraissait vouloir absorber tout entière l’image contemplée. Thérèse gênée détourna la tête.

Soudain elle sentit sur sa main l’emprise de deux lèvres, pareille à une morsure.

— Excusez du peu : c’est mon adieu !

Et le Pêcheur, livide, laissa retomber la main.