Il reculait maintenant, allant vers le passage à niveau, certain que Thérèse, elle, ne le franchirait pas. Il reculait, toujours sans la quitter des yeux, et à mesure sa face se transfigurait, exprimant à la fois une ivresse et de l’infinie désolation.

Une obscure prescience illumina Thérèse. Déjà il atteignait la voie. Héroïque, il jeta :

— Noces et ballades ! Chouette, la vie !

Ensuite il se retourna, partit définitivement et ce fut alors seulement que Thérèse comprit. Le cauchemar était fini. L’homme qui s’en allait là-bas, amoureux magnifique, pour dernière offrande venait de provoquer ses fiançailles.

Plus de rébellion devant la force victorieuse, plus de doutes affaiblissants : elle cédait ! O la beauté de cette heure où l’âme se donne ! La vie qui a précédé ne compte plus. On voit le monde avec des yeux tout neufs, et tant de joie monte qu’on ouvre les bras pour jeter des baisers dans l’espace.

Un cri d’appel, — peut-être un merci — traversa l’air. Mais le Pêcheur ne l’entendit pas. Assuré désormais qu’elle rebâtirait, il avait disparu…


Il rôda tout le jour. Enivrement de vivre.

Il rôda jusqu’au soir.

Il n’allait nulle part. Parce qu’il savait devoir coucher très loin, il s’attardait à se griser du pays où il avait poussé, telle une herbe vivace.