— Excusez-moi, dit celui-ci ; bloqué par l’averse, j’ai laissé passer la consigne : heureusement, je suis leste. Montons.
Puis, parvenus au salon qui précédait la chambre :
— Installez-vous là : le temps de changer de vêtements… dans dix minutes, je suis à vous. Par-dessus le marché, la porte reste entr’ouverte. Rien ne nous empêche de converser, tandis que je m’habille…
L’âme rassérénée, l’abbé Valfour retira son manteau, tendit sur son abdomen sa belle ceinture de cérémonie que la marche sous la pluie avait un peu froissée, enfin, planté devant la glace, remit dans l’axe son rabat. Ceci fait, et parce qu’il était naturellement incapable de retenir ses pensées, il entama un soliloque qui s’adressait aussi bien aux murs d’alentour qu’à René, en train de procéder à sa toilette dans la pièce voisine.
— Vous avez beau vous prétendre leste, hâtez-vous… Je crois les Traversot stricts sur l’heure : ne gâtez pas votre chance par une première inexactitude que le temps excuse, mais qui marquerait à tort des habitudes jugées fâcheuses… Ce que j’en dis est pour le père : Madame n’est que charité et indulgence… Il le faut bien, d’ailleurs, car entre nous, son mari ne lui a pas donné toujours, paraît-il, les satisfactions de l’époux modèle. Quant à la fille, mademoiselle Annette… une personne accomplie… toutes les grâces… toutes les vertus… Ah ! celui qui l’épousera pourra se vanter d’être béni par la Providence ! Si vous songiez à vous marier, je vous dirais… mais, hélas ! vous n’y songez pas… Les jeunes gens, maintenant, attendent d’être mûrs avant de fonder une famille. Méthode déplorable, qui explique d’ailleurs nombre de ménages mal assortis et tournant de travers…
Dans la chambre, la voix de René interrogea :
— Mon cher abbé, m’expliquerez-vous aussi pourquoi les curés, qui ne se marient pas, songent toujours à marier les autres ?
Le discours reprit :
— C’est, mon enfant, que connaissant mieux que personne la qualité des âmes, nous nous rendons un compte exact de leurs besoins. En ce qui vous concerne, si je m’en rapporte par exemple à votre cher frère…
— Allons donc ! ce serait bien la première fois que mon cher frère, comme vous le nommez, s’occuperait de moi !