— Maman ! jeta René décontenancé par l’attaque, je n’ai pas dit…
— Allons donc !
De nouveau, la main de madame Manchon fendit l’air. Il semblait qu’elle achevât de débarrasser l’espace des intrus qui depuis une heure volaient ici l’air respirable.
— Allons donc ! si ce n’était venu par eux, aurais-tu retenu, fût-ce une minute, ces ordures ? Admirable, en vérité, la délicatesse d’une famille qui, pour mieux t’accaparer, n’hésite pas à salir la tienne et, férue d’honneur, offre pourtant de s’accommoder de nos restes ! Ne caches-tu plus rien au moins ? S’en est-on bien tenu là pour te détacher de moi ? Et tu veux que j’accoure en pénitente, prouver que grâce au ciel… Ce serait imbécile si ce n’était risible !
Comment rendre l’accent de ces phrases ? Il y passait même du triomphe ! Ce ne devait être, hélas ! qu’une ivresse passagère. Désormais tout à son angoisse, déjà René répondait :
— Tu te trompes : ce n’est ni imbécile, ni risible. Il ne s’agit plus des Traversot, ni d’Annette, mais de moi ! En apprenant ces bruits, j’ai ressenti un malaise que je ne parviens pas à exprimer. La pensée qu’ils persistent me trouble plus encore. Crois-moi, je ne trouverai la paix qu’en leur infligeant un démenti par ta venue, et c’est pourquoi tu dois… je te supplie de repartir avec moi !
Butée, elle répéta :
— Non, c’est toi qui vas rester !
— Maman ! n’as-tu pas entendu ? il est impossible de laisser affirmer que tu ne peux m’accompagner là-bas parce que tu ne peux expliquer des choses du passé.
— Que t’importe, puisque tu sais que les autres se trompent !