Quand l’abbé parut pour le repas du soir, il ne marqua d’étonnement ni de la présence de son frère, ni de l’accueil glacé de madame Manchon. Celle-ci, durant les intervalles de liberté que procurait la conversation joyeuse de Lapirotte avec René, jetait de temps à autre sur le prêtre un regard aigu.

A la sortie de table, René crut bon de le remercier :

— Il paraît, dit-il, que tu m’as approuvé dès le début. Je ne l’oublierai pas.

L’abbé répondit avec simplicité :

— Dans cette occasion comme en toute autre, je m’efforce d’accomplir mon devoir. Il ne faut pas me savoir gré de ce qui est d’obligation.

A peine débarqué à Semur, René courut à l’hôtel de Thil. La lettre qui le précédait et sans doute une visite de l’abbé Valfour y avaient tout changé. René fut accueilli par le premier vrai sourire de madame Traversot. On le retint à dîner. Annette seule avait pris un air grave. Un dénouement si prompt l’effrayait : c’est maintenant qu’elle commençait d’avoir peur.

Deux jours plus tard, René aperçut à la devanture de l’unique bijoutier de Semur une perle montée sur bague et qui était d’une eau rare. Il eut la fantaisie de l’acheter et, dès qu’il fut avec Annette, lui offrit ce bijou, se réservant de le remplacer plus tard par un autre plus digne.

— Vous m’aviez accordé votre main, quoi qu’il arrive : que ceci soit de même le gage de nos fiançailles pour nous seuls.

Annette, inquiète des moindres signes, essaya l’anneau qui se trouva trop large.

— Qu’importe ! dit René : j’aimerai vous le voir, quand nous serons en tête-à-tête.