Le train qui emportait René s’était à peine mis en branle qu’une dame descendit d’un autre arrivé de Paris et, guidée par une sorte d’instinct, alla prendre dans la navette la place qu’y avait occupée René. C’était madame Manchon…
Se sentant mieux le matin, dévorée de l’impatience d’agir, elle avait jeté une dépêche au premier bureau rencontré et arrivait, le cœur tout entier à l’ivresse de retrouver René.
Dès l’entrée en gare, elle pencha la tête à la portière, espérant le découvrir sur le quai. Il n’y était pas.
— Voilà bien les règlements ! songea-t-elle : il doit me guetter à la sortie…
Mais à la sortie, personne. Ce fut le premier coup. Elle ne crut d’ailleurs qu’à un retard et, posant à terre ses paquets, scruta l’avenue qui mène au Bourg-Voisin.
A la vue d’une étrangère, le cocher de l’unique hôtel de Semur approcha pour offrir ses services.
— Merci, dit-elle sèchement, j’attends quelqu’un.
L’omnibus vide démarra dans un cliquetis de ferraille. Puis, un à un, les rares voyageurs s’égrenèrent vers la ville. Les bruits s’espaçaient. On distinguait maintenant le rire d’un employé sur la voie, au loin des abois de chien. Personne à l’horizon…
Madame Manchon se vit tout à coup perdue dans une campagne hostile et inconnue. Son cœur battit follement. René n’était pas venu ! Il ne viendrait pas… Se serait-il trompé d’heure ?… Justement un nouvel horaire avait paru, modifiant les arrivées… Mais non : pourquoi se leurrer ? l’oubli commençait. Alors, un désespoir muet s’abattit sur elle. Elle croyait traverser un des pires moments de sa vie : elle se trompait. Elle se croyait seule aussi, désespérément seule : elle se trompait encore. A défaut de René, la douleur ne la quitterait plus.
Raidie contre les perspectives qu’elle prévoyait, elle se résigna enfin à déposer en consigne ses paquets et demanda son chemin :