— Il paraît en effet que maman est partie. Je l’ignorais. Peu importe d’ailleurs, puisque c’est toi seul que je désirais voir.

— Ah ! dit l’abbé, qui se leva ensuite sans hâte et vint poser la lampe sur la cheminée.

Du coup la pièce s’éclaira ainsi que les visages. La pièce était nue comme une cellule. A part un grand Christ d’ivoire dressé à la place qu’occupe d’ordinaire la pendule, on n’y apercevait que de pauvres meubles, deux fauteuils à dossier de bois, des chaises de paille, quelques livres et un prie-Dieu. Quant aux visages, à quoi bon rappeler le contraste qu’ils faisaient ? Toutefois une telle émotion creusait les traits de René que l’abbé, l’ayant regardé, avança l’un des fauteuils.

— Assieds-toi : tu n’as pas l’air bien.

Puis il s’assit à son tour et, les yeux à terre, attendit. Ni l’accent ni le geste ne décelaient en lui la moindre curiosité. Si anormale que dût lui sembler la visite de son frère à pareille heure et en pareil lieu, on était assuré d’avance qu’il ne poserait aucune question.

— En effet, murmura René, le voyage m’a fatigué : c’est le moment qui veut cela.

A l’inverse de l’abbé, il s’exprimait d’une manière saccadée : bien qu’il fût au repos, il avait le souffle coupé comme après une longue course.

— Tu as laissé ta fiancée en bonne santé ? reprit l’abbé.

René ne répondit que par un signe évasif. Sa fiancée ? Qu’elle était loin déjà ! Les pauvres cœurs humains sont trop petits pour contenir à la fois deux grands émois.

Voyant que René tardait à s’expliquer, l’abbé dit encore :