— Je m’y efforce : est-ce une raison pour ne pas nous en remettre l’un et l’autre à la volonté de Dieu ?
René se redressa :
— Encore des phrases de sermon ! De grâce, reviens sur terre. J’ai parlé d’un passé, de tout un passé que je prétendais connaître : c’est inexact, ou plutôt, je soupçonne… j’interroge… je me perds dans les ténèbres… enfin j’en suis là que tout à l’heure je n’aurais pu repasser chez nous, et moins encore, aborder…
Pour la seconde fois, l’abbé interrompit :
— N’achève pas : j’avais très bien saisi. De telles pensées ne servent qu’à troubler inutilement. Écartons-les : et que Dieu nous garde !
Son impassibilité toutefois avait disparu. Les traits durcis, il semblait défier un adversaire invisible, qui était peut-être lui-même.
René, auquel ce changement n’avait pas échappé, haussa les épaules :
— Non, dit-il, il n’est plus temps ! Ne devines-tu pas que si je suis là, c’est que je te sais instruit de ce que j’ignore et que j’ai besoin de l’être à mon tour ? Ainsi, plus de faux-fuyants ! les yeux dans les yeux, maintenant !… comme cela… et réponds : notre père… non… ton père est-il le mien ? Le nom que je porte est-il un nom qui m’appartienne ?…
L’abbé ne bougea plus. Avait-il écouté ? Il était probable, puisqu’un rictus tordait sa bouche. Cependant, qui sait si celui-ci n’était pas encore un défi à l’adversaire ?
La voix de René alla en s’éteignant :