— Non.

— J’avais cru deviner, cependant, à la manière dont il a parlé de reconnaissance…

— Vous vous êtes trompé.

— Votre mère, en tous cas, a trouvé en lui une âme qu’un malheur à peu près identique rendait apte à la comprendre.

L’abbé, cette fois, parut importuné de mon insistance, et pour souper court :

— Quoi qu’il en soit, M. Lormier et mon frère ont habité quelque temps la même ville. Cela me suffit pour ne pas tenir au maintien de relations qui menaceraient de troubler l’œuvre d’apaisement commencée chez ma mère.

— Oh ! murmurai-je, jugez-vous vraiment cette œuvre commencée ? A entendre votre mère parler de sa douleur, j’aurais moins de confiance.

— Apaisé ne signifie pas consolé, dit sèchement l’abbé.

Avouerai-je que sa manière péremptoire de régler ainsi la question des sentiments les plus graves qui puissent importer à un être me choqua ? En dépit de l’impatience que je lui voyais, je poursuivis donc :

— Je crains, monsieur l’abbé, qu’il n’existe aucune commune mesure entre votre appréciation de la souffrance et celle d’un laïque tel que moi. Aux yeux d’un prêtre, tout concourt à l’ordre providentiel ; le malheur, dût-il nous accabler, rentre dans un plan divin qu’il ne nous appartient pas de connaître, et l’effort pour se résigner a été mis à notre portée, comme l’acquisition de n’importe quelle vertu. Par contre, en écoutant votre mère et M. Lormier, j’avais conscience que pour en arriver là, une grâce est nécessaire… rarement accordée.