M. Lormier ne parut pas le lendemain, malgré sa promesse. Une semaine s’écoula. J’avais cessé de l’attendre et ne songeais plus à sa visite, quand j’eus la surprise de l’entendre annoncer. En l’apercevant, je me rappelle avoir éprouvé même un peu d’humeur, ayant, je ne sais pour quelle raison, besoin de ma fin d’après-midi. Je ne me doutais guère en revanche que, grâce à lui, j’allais découvrir un aspect de la vie, et me heurter pour la première fois à des idées qui, depuis lors, n’ont plus cessé de me hanter.

Il entra, l’air résolu, et sans montrer l’hésitation habituelle.

— Me voici, dit-il ; me portant à merveille, je ne viens pas consulter, mais remercier l’ami que vous avez été pour nous. Il y a longtemps déjà que j’avais décidé de le faire. Si ma démarche est tardive, cela tient à ce que personne n’est jamais tout à fait maître d’agir comme il le voudrait.

Je répondis :

— J’espère que vous ne vous êtes pas dérangé pour si peu, et je compte bien que vous satisferez, par-dessus le marché, ma curiosité.

— Votre curiosité ?

— Ne deviez-vous pas me parler des Traversot ?

J’allais ainsi droit au but. J’ai toujours trouvé que la méthode est bonne. Il prit, au contraire, un air évasif :

— Ah ! oui, j’oubliais… seulement cela n’a plus d’importance.

— Que comptiez-vous m’en dire ?