Soudain, M. Lormier tira son mouchoir pour s’éponger le front. A quoi tiennent les choses ! il parut que ce mouvement produisait une rupture dans la tension momentanée qui nous paralysait. Les liens que je sentais me garrotter se relâchèrent. Je pus enfin m’efforcer de parler, et je dis :

— Je devine ce que ma rencontre inopinée a dû éveiller en vous de souvenirs déchirants. Je ne veux pas les aggraver par l’expression des sentiments qui m’oppressent : cependant, puisque le mal est fait, ne puis-je vous être utile ? De grâce, usez de moi, sans hésiter…

Ce n’était pas là une offre vaine. J’éprouvais une telle pitié de cet homme, que, pour l’alléger, j’étais prêt à tenter n’importe quelle entreprise. Je ne m’attendais d’ailleurs à aucune acceptation. A mon grand étonnement, M. Lormier, au contraire, leva la tête, et posant ses yeux sur moi, eut l’air de supputer le secours que je lui proposais. La conclusion fut également imprévue.

— Venez, dit-il, sans s’expliquer plus.

— Où souhaitez-vous me conduire ?

— Chez moi…

— A merveille ; le prochain train pour Paris…

Il m’interrompit :

— Inutile d’ouvrir l’indicateur : j’habite Versailles…

— Quoi ? c’est ici…