Vingt minutes plus tard, M. Lormier s’arrêta devant une maison située, je crois, à l’angle de la rue d’Angiviller et de la rue d’Angoulême. La porte cochère franchie, il fallut traverser une cour au fond de laquelle d’anciens communs avaient été aménagés en logements. Après avoir gravi un escalier de bois ciré, M. Lormier introduisit une clé dans la serrure, poussa la porte, et s’effaçant :
— Nous y sommes, dit-il.
Je passai le premier, comme il le désirait.
L’étroitesse et la médiocrité du lieu m’étonnèrent. Une antichambre de quelques pieds carrés et deux pièces exiguës le composaient tout entier. Je n’aperçus pas non plus les meubles de Semur. C’était le garni médiocre, avec des voiles au crochet, des tapis maculés et les inévitables gravures que grignotent des champignons sous la vitre. La pensée que M. Lormier avait abrité sa fille dans un tel campement, qu’elle y était morte peut-être, me désorientait.
Cependant, M. Lormier, après avoir jeté son chapeau sur le lit, prenait un siège, m’en désignait un autre.
— Permettez d’abord que je me repose, dit-il.
Et sans plus se soucier de ma présence, il parut réfléchir. Regrettait-il déjà de m’avoir amené ? Résolu en tout cas à empêcher le silence de s’installer, je demandai :
— Comment se fait-il que je ne revoie pas votre ancien mobilier ? Vous aviez, je m’en souviens, des fauteuils Louis XVI délicieux…
— Vendus. Je n’y tenais pas. Ils venaient de mes beaux-parents.
— Depuis combien de temps habitez-vous ici ?