— Dans ce cas, je vais presser l’installation.
— Oui, cela vaut mieux.
— Comment ! cela vaut mieux ?… N’est-ce donc plus ce que tu souhaites ?
— Oui, sans doute.
A chaque oui, un geste vague, indifférent ; mais soudain, elle se ressaisit, m’embrasse :
— Père ! que tu es bon !
Je répète de tels mots parce que, devant eux, tout s’efface… Ce jour-là, ils suffirent encore pour m’aveugler. Mais l’emménagement terminé, nos tête-à-tête repris, quelle illusion garder ? Non seulement l’autre nous avait rejoints ; à la lettre, il dévorait ma fille !
Oui, jadis Geneviève me souriait encore de temps à autre : désormais devenue sa proie, muet fantôme, elle demeurait accablée, immobile, toujours absente. Je me disais : « Pourra-t-elle seulement continuer à vivre ? » A d’autres instants, soulevé de colère, j’avais envie de crier : « Qu’attends-tu pour remplir ta promesse et m’éclairer ? » Cependant ni l’un ni l’autre n’ouvrait la bouche. C’était une contagion de silence. En vérité, nous ne savions déjà plus qu’attendre encore, souffrir et craindre ! Oh ! la folie d’escompter toujours l’avenir en méconnaissant le présent ! Que ne sommes-nous restés comme nous étions alors ? Pourquoi ma fille, fidèle à sa parole d’honnête homme, a-t-elle enfin parlé ?
Ici, arriverai-je à poursuivre ?
Elle parla… Depuis quatre mois bientôt, j’attendais cette heure… Elle parla, et sa voix douloureuse m’arrivait du fond d’un abîme, disant :