— Ah ! voilà qui confirme mes craintes… je dérange…
— Point du tout, répliqua M. Lormier ; monsieur est un ami d’autrefois, notre médecin, à Semur.
Puis, me désignant le prêtre :
— Je vous présente monsieur l’aumônier… Aumônier du Carmel, bien entendu…
Je repris ma chaise ; l’abbé s’installa de l’autre côté de la table ; M. Lormier, lui, venu devant la cheminée, resta debout, et aucun n’ayant envie de commencer, nous attendîmes…
Brusquement l’irruption de ce tiers, si humble, modifiait tout. M. Lormier, l’air absent comme au début de notre rencontre, semblait avoir oublié ses projets. L’abbé souriait ingénument pour se donner une contenance. Moi-même, je savourais l’imprévu d’une accalmie, qui, si brève fût-elle, nous rendait au sang-froid. La pièce où nous étions ressemblait à ces maisons où un malade agonise : les voix se taisent, les pas se font discrets, et les cœurs battent affolés…
Je profitai de l’arrêt pour examiner l’abbé plus à loisir. A y mieux regarder, il me parut un personnage singulier : des yeux pâles, des joues couperosées, un nez volontaire qui descendait en flèche vers une bouche morne et encadrée de lèvres sereines, le tout faisant l’exacte contre-épreuve de M. Lormier. Au repos, on oubliait l’incertitude du geste pour l’ascétisme du visage ; l’expression d’anxiété peureuse se muait en immobilité réfléchie.
M. Lormier et moi nous obstinant à ne rien dire, il fallut bien pourtant que le troisième se décidât.
Prenant donc son parti et roulant d’un air gêné son chapeau dans ses mains, l’aumônier débuta :
— Je tenais d’autant plus, monsieur, à vous rendre mes devoirs que ma première visite ne comptait pas, étant uniquement consacrée à une fonction de fidèle commissionnaire.