Ainsi, il n’était pas revenu depuis le jour de l’enterrement.

— Puis-je espérer, poursuivit-il avec effort, qu’aujourd’hui votre cœur est un peu moins meurtri, sinon en voie d’apaisement ? Le désespoir où je vous ai trouvé, n’a pu qu’être adouci par la certitude que votre chère fille est au ciel. Je compte beaucoup sur l’intercession de sœur Thérèse. Priez-la souvent, comme je le fais moi-même… et vous verrez…

Le silence reprit, accablant. Les yeux du prêtre erraient avec angoisse autour de la chambre, en quête d’une réponse qui ne venait pas. On le sentait découragé de poursuivre. Il ne parlait que par devoir.

— Qu’est-ce que je verrai ? reprit enfin M. Lormier.

Lui aussi contemplait les murailles : évidemment, il posait la question sans se soucier d’une réponse.

— Peu à peu, le fardeau s’allégera : Dieu aidant, vous vous résignerez.

— Oh ! pour cela, monsieur l’abbé, je n’ai besoin de personne. Comment ne pas se résigner à ce que l’on sait ne pouvoir changer ? riposta M. Lormier.

Il s’était tourné vers le prêtre avec une sorte d’irritation. J’en avais fait autant, comme pour m’associer à des paroles qui résumaient si bien ma propre pensée : seule compte la douleur qui se sait définitive. Sans paraître remarquer notre mouvement, l’aumônier hocha la tête :

— Je me fais mal comprendre. J’ai entendu par « se résigner » accepter avec reconnaissance le don divin qui nous est accordé sous les espèces de la souffrance.

M. Lormier eut l’air de balancer entre l’étonnement d’un pareil propos et le découragement de parvenir à être compris à son tour :