Pour issue de table, on prendra le Cerf, en la rue Baillehoé, ou en la rue de la Calandre; le Sanglier, devant l’église Saint-Julien, en la rue Saint-Martin. Quant aux fruits, on les trouvera à la Pomme, devant le Saint-Sépulcre; le Poirier, au bout de la rue du Temple; le Noyer, aux Fossés-Saint-Germain; le Figuier, au bout de la rue des Nonaindières, et le Mûrier, au Champ-Gaillard.

Précautions à prendre pour garder la fête: on aura Ysoré et Guillaume au court nez, en la place Maubert; puis, nous tiendrons l’Huis de fer, de la rue de la Saunerie, et celui de la rue Aubry-le-Boucher. Les champions seront armés de l’Haubergeon, de devant Saint-Michel, en la Cité; des Deux Heaumes, de la porte Baudet, le petit et le grand; des Gantelets, du carrefour Saint-Séverin, et du Gantelet, de la rue de Georges-la-Mer, à la Barre-du-Bec; de l’Épée, de la rue Saint-Denis; de l’Écu de France, de la rue Neuve-Notre-Dame, ou de celle de la Vannerie, ou de celle de la porte de Paris; et, pour se mieux défendre, n’ont-ils pas la Massue, de la rue Jean-Tison?

Il y aura quelques joyeux ébattements pendant le dîner, savoir: l’Homme sauvage, de la rue aux Fèvres, ou celui de la Bûcherie, au Petit-Pont; les Trois Mores, de la rue Saint-Martin, qui danseront et feront danser l’Ours et le Lion, de la rue Michel-le-Comte, ou ceux de devant l’église Sainte-Marine, et les Singes, en la rue de Vieille-Pelleterie; ils montreront la Grimace, de la rue Saint-Denis, la Truie qui file, des Halles, et la Truie qui vole, de la rue des Lombards.

Après le dîner, les convives pourront s’amuser à l’Échiquier, qui est auprès de l’église de la Madeleine, et avec les Dés, en la rue Thibaut-aux-Dés.

Et qui voudrait aller en chasse au gibier, pourrait avoir le Grand Cornet, du chevet de l’église Saint-Jean; le Cheval blanc, de la rue Neuve-Notre-Dame; le Cheval rouge, de la rue de la Verrerie; le Cheval noir, de la rue Regnault-le-Fèvre; le Cheval vert, de la rue Pierre-au-Lard. Il faudrait, en outre, la Selle, en la rue de la Tabletterie, ou celle de la rue Saint-Denis; la Heuse (botte), de la porte Baudet, et celle de la rue Saint-Martin; les Éperons, de la rue Saint-Denis; les Brides et les Freins, de la rue Perrin-Gasselin. Et, s’il pleut, ils auront contre la pluie la Housse-Gilet, de la porte Saint-Denis, et celle de la rue de la Harpe; le Chapeau rouge, de devant Saint-Jean-en-Grève, et les Moufles (gants de chasse), du pont Perrou, pour porter le Faucon, qui est devant le petit Saint-Antoine, ou pour aller prendre les Trois Canettes, devant les Moulins du Temple.

Que si les reines et les dames veulent s’ébattre à la promenade, elles auront le Chariot, de la porte Saint-Honoré. Quand elles voudront se promener par eau, elles auront la Nef d’argent, au bout de la rue des Poulies, et celle de devant l’hôtel d’Anjou, pour voir pêcher à la Nasse, en la rue de Darnetal, et pour prendre les Trois Bequets (brochets), près l’église Saint-Magloire, et les Trois Poissons, de la Savonnerie.

Quant aux gens du commun peuple, ils pourront aller voir le Jeu de Paume, de Braque, au Poncelet, et celui de la rue Grenier-Saint-Ladre. Ils viendront jouer aux Billes et au Billard, en la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Ils peuvent encore aller veiller aux champs et souper à la Pierre de Bailly, devant le Beau roi Philippe. Ils peuvent aussi aller se mettre au Lit, à l’abreuvoir Popin: c’est à savoir qu’il faut chercher la coulte (couvre-pied) et le coussin (oreiller), les draps et les couvre-chefs (bonnets), au Fardeau, déjà nommé, et le lit sera couvert de la Penne (édredon), d’auprès l’église Saint-Séverin, et nos gens iront coucher, quand l’Horloge, devant Sainte-Catherine, sonnera.

Aucune description ne donnerait une idée plus complète et plus pittoresque des enseignes de Paris, si nombreuses et si variées en ce temps-là. On a remarqué que les mêmes enseignes se trouvaient dans des quartiers différents. On a pu constater aussi que la plupart des enseignes de marchand étaient analogues à leur genre de commerce et à leur profession. Mais, dans cet ingénieux Mariage des quatre fils Hémon[58], il n’est fait mention que de cent cinquante enseignes[59], entre lesquelles il n’en est que trois ou quatre plaisantes, comme la Nonnain qui ferre l’oie, la Truie qui file, la Truie qui vole, etc. Or, on doit estimer à plus de trois mille le nombre des enseignes, qu’on voyait à Paris en ce temps-là, relatives à l’industrie, au commerce et à la marchandise.

IV
NOMS DES RUES, PROVENANT DE LEURS ENSEIGNES

C’EST le peuple, le bas peuple surtout, qui a baptisé les rues de Paris au moyen âge, et leurs parrains sont restés tout à fait inconnus. Le nom, une fois trouvé et donné, n’était pas toujours accepté par les habitants de la rue, que la voix publique avait dénommée sans demander leur avis. Il arrivait aussi que le premier passant venu changeait ce nom de son autorité privée, si le nom n’était pas à son gré et ne lui semblait pas convenir à la rue qui le portait. De là, les différents noms attribués simultanément à la même rue, qu’il n’est pas toujours aisé de reconnaître sous ces noms multiples qu’on rencontre dans des actes authentiques de la même époque. Voilà pourquoi l’histoire des anciennes rues et ruelles de la capitale est si difficile à éclaircir complètement, aux XIVᵉ et XVᵉ siècles, comme aux XVIᵉ et XVIIᵉ. Les rues, en effet, ne reçurent en quelque sorte leur état civil que vers l’année 1728, lorsque René Hérault, lieutenant général de police, s’occupa non seulement de créer le numérotage des maisons, mais encore de fixer d’une manière définitive les noms des rues. C’est lui qui commença, en cette année-là, à faire poser, à l’entrée et à la sortie de chaque rue, des plaques de tôle sur lesquelles étaient inscrits les noms que l’usage paraissait avoir consacrés. Ces noms avaient été peints en gros caractères noirs sur des feuilles de fer-blanc découpées de la même grandeur et clouées à l’angle des rues, sur la première et la dernière maison de chaque rue ou ruelle. Quant aux numéros, ils étaient également peints, au-dessus des portes des maisons, en couleur blanche sur fond de couleur bleue ou rouge. On n’avait pas adopté, dès l’origine, la division des numéros pairs et impairs; les numéros se suivaient d’un bout à l’autre de la rue, revenant ensuite par l’autre côté, de façon que le dernier se retrouvait en face du premier.