pour annoncer la boutique d’un marchand de fromages de
Gruyère, rue Montorgueil. L’enseigne des Trois Rats était aussi en fer, les rats trottinant au milieu d’un ornement en forme de cœur ou de vase. L’enseigne A la grâce de Dieu, rue Montmartre, est la plus ancienne de toutes les enseignes en fer, car elle doit remonter à l’époque de la régence du duc d’Orléans. C’est un petit personnage, en costume du temps, avec la perruque et nu-tête, dans une barque, qui est censée en péril de mer, au milieu d’une sorte de cartouche en fer battu, affectant la forme d’un écran.
Les enseignes sculptées n’étaient souvent que des bustes ou des statues. On sait, par exemple, que le buste de Molière, qu’Alexandre Lenoir avait fait placer en 1799 sur la façade d’une maison de la rue de la Tonnellerie, qu’on regardait alors comme la maison natale de cet homme célèbre, a été depuis peint en noir par un barbare qui en a fait une enseigne: A la Tête noire. Cette singulière manie de barbouiller de noir ou d’autre couleur foncée les sculptures en pierre blanche s’est signalée encore tout récemment, au boulevard des Capucines, en déshonorant la belle maison neuve où est établi un grand magasin d’étoffes, A la Ville de Lyon: les deux nymphes, couchées nonchalamment sur la console de la porte cochère, œuvre exquise du statuaire Jalley, ont été noircies du plus brillant noir pour cacher leur voluptueuse nudité.
Retournons à nos enseignes d’autrefois et allons chercher dans la grande rue du faubourg Saint-Antoine, nº 187, une autre Tête noire, qui est celle d’un vrai nègre, sculptée en médaillon colorié; une autre encore au nº 44, mais peinte sur bois et qui sert de fétiche à la boutique d’un marchand de meubles. Près de là, dans le même faubourg, nº 26, se trouve le Gryphon, très jolie enseigne sculptée, et tout à côté, le Vaisseau marchand. En revenant vers le centre, dans la rue Saint-Antoine, nous trouvons, au nº 134, une statue de la Truie qui file, en livrant ses mamelles à ses petits pourceaux: cette statue en pierre, qui est sculptée très naïvement, très spirituellement, faisait la joie de nos pères, et il y en avait à Paris trois ou quatre autres, notamment celle de la rue des Poirées, reproduisant la même fileuse avec des variantes de détail. On a conservé aussi, rue de la Tonnellerie, une enseigne, A l’ancienne Renommée, qui est une assez bonne statue, debout sur la boule du monde. Quant au Nègre du boulevard Saint-Martin et au Chinois de
la rue La Fayette, l’un et l’autre ayant des cadrans d’horloge dans le ventre, ils ont été si bien peinturlurés et dorés, qu’on