«A la place Maubert est celle-ci: Au poing d’or et moins d’argent, rapportée par un poing doré et une main argentée.»

Citons encore deux rébus d’enseigne, qui pourraient bien, surtout le second, avoir figuré sur des enseignes de Paris. «Un G d’or et un G d’argent signifie de mesme: J’ay d’or, j’ay d’argent, car on prononce , au lieu de j’ay.

«Aux Chassieux, pour des chats qui scient un plat de bois, quasi: Aux chats sieurs

Ces rébus de Picardie, qui s’étaient glissés jusque dans les armoiries, avaient eu sans doute plein succès dans les enseignes, mais ces enseignes ont bientôt disparu, et nous n’en retrouvons qu’un petit nombre qui datent de l’origine du rébus. Les plus anciennes sont celles des libraires; la plus compliquée est celle de Guillaume Godard, qui demeurait sur le pont au Change, devant l’horloge du Palais, à l’enseigne de l’Homme sauvage; voici la description de ce rébus, gravé sur cinq lignes au verso du titre d’une édition des Heures de Nostre-Dame à l’usaige de Paris, imprimée en 1513; 1ʳᵉ ligne: un salut d’or, monnaie du temps, un os, NS, la Vierge Marie à genoux devant Jésus crucifié; ce qui signifiait: Saluons Marie priant Jésus en croix; 2ᵐᵉ ligne: N, un os, le signe abréviatif de la syllabe con, une scie, une anse, deux éperons, une sappe ou prison, ce qui signifiait: En nos consciences espérons sa paix; 3ᵉ ligne: le signe abréviatif de je, A, Dieu le père, un monticule, un cœur, et la note de musique mi, ce qui signifiait: J’ay à Dieu mon cœur mis; 4ᵉ ligne: le signe abréviatif de je, une poire, un parc de chasse ou de pêche en osier, A, X, ce qui signifiait: J’espère paradis; 5ᵉ ligne, un loup, un ange, A, Dieu le père, C, ce qui signifiait: Louange à Dieu soit. Le rébus de l’enseigne de Jean de Brie, gravée également sur le titre d’un livre d’Heures à l’usaige de Paris, nous donne l’adresse du libraire et de son associé Jean Bignon, demeurant

rue Saint-Jacques en 1512: In vico Sancti Jacobi, à la Limace, cy me vend et achate. Cette légende, moitié latine, moitié française, est ainsi représentée: Ī, une vis, un coq, un saint Jacques en costume de pèlerin, A, la note de musique la, une limace, une scie, ME, un van, EA, une chatte. Un autre libraire, nommé Jehan de la Landre, dont nous pouvons nous représenter l’enseigne en rébus, demeurait, en 1566, au jeu de paume des Rats bottés, dans le faubourg Saint-Marceau[215].

Sauval cite quatre enseignes en rébus, sans nous apprendre dans quelles rues elles se trouvaient: «Quant aux enseignes, dit-il, le ridicule qui s’y trouve vient d’un mauvais rébus: A la Roupie, une pie et une roue; Tout en est bon, c’est la Femme sans tête; la Vieille Science, une vieille qui scie une anse; Au Puissant Vin, un puits dont on tire de l’eau[216]».

L’enseigne du Puits sans vin, ou Puissant Vin, devait être assez commune à Paris, puisque Berty nous indique une maison du Puits sans vin, dans la rue Saint-Honoré, avec la date de 1713. Une autre enseigne, sculptée en bas-relief et peinte, qu’on voit encore dans la rue Mouffetard, à la porte d’un épicier qui y a fait ajouter, de chaque côté, en pendentifs, deux pains de sucre, avec cette légende: A la bonne Source, représente deux francs lurons qui tirent de l’eau d’un puits et qui pourraient bien avoir figuré autrefois à la porte d’un marchand de vin dans une enseigne du Puits sans vin. Berty a signalé encore, sans le savoir, une enseigne en rébus, dans la rue Fromenteau, où se trouvait la maison du Mal assis, en 1568: le mal assis était généralement un coq perché sur une patte. Quant à la maison du Chat lié, dans la même rue, en 1671, cette enseigne en rébus faisait allusion, nous l’avons dit, au nom de Robert Challier, qui avait été propriétaire d’un hôtel voisin[217].

Le Signe de la Croix, un cygne au pied d’une croix qu’il enlace avec son cou, et le Bon Coing, avec ce fruit odorant, qui veut dire le bon coin, se retrouvent encore sur beaucoup d’enseignes de Paris, sans avoir changé de sens ni de caractère depuis des siècles. Nous avons aussi, en plusieurs endroits, notamment rue Saint-Denis, rue des Deux-Écus, et rue Vauvilliers, la fameuse enseigne du Chat qui pelote, représentant un chat qui jongle avec des pelotes de fil ou de coton. Il y avait aussi le Chat qui pêche dans une ruelle qui descendait de la rue de la Huchette jusqu’à la rivière, et qui avait pris le nom de cette enseigne. Mais nous hésitons fort à reconnaître avec quelques érudits un peu trop imaginatifs que toutes les enseignes au Chat fussent des rébus, lors même qu’on nous prouverait que le peuple voyait dans l’enseigne du Chat qui pelote cette équivoque assez difficile à en tirer: Chaque y pelote, c’est-à-dire chacun y fait sa pelote. On a voulu traduire aussi le Chat qui pêche par cette légende insignifiante: Chaque y pêche, c’est-à-dire chacun vient s’y fournir de ce qu’il lui faut. Les rébus de nos pères, avec leurs assonances approximatives, étaient plus intelligibles et plus ingénieux que les nôtres.