[433] Œuvres choisies, édit. A. Houssaye, p. 80.

Mazarin laissait chanter sans chanter lui-même; mais, à défaut de couplets, il faisait des mots. N'est-ce pas lui qui dit cette parole si spirituelle, à propos de la fille de Gaston, dont le canon de la Bastille braqué par ses ordres détruisit toutes les espérances qu'elle pouvait avoir d'épouser son royal cousin:

«Mademoiselle,—lit-on dans le Suppl. manuscrit du Ménagiana[434], où le mot attribué à tant d'autres, même au jeune roi, est enfin restitué au ministre, son véritable auteur,—ayant autrefois fait tirer le canon de la Bastille sur l'armée du Roy, monseigneur le cardinal Mazarin dit en raillant qu'elle avoit tué son mary à coups de canon.»

[434] Fonds Bouhier, à la Biblioth., p. 78.—On a souvent dit que Mademoiselle mit elle-même le feu au canon. C'est une exagération du fait vrai. Elle ordonna de tirer, mais elle n'était même plus là quand les coups partirent. «L'on tira de la Bastille, dit-elle, deux ou trois volées de canon, comme je l'avois ordonné, quand j'en sortis.» (Mémoires, édit. Petitot, t. II, p. 111.)

L'histoire de Mazarin me remet aussi en mémoire un autre fait d'un ordre tout différent, moins politique, plus intime; certaine affaire d'amour, qui, racontée comme elle se passa, eût fait une très piquante histoire, mais qu'à toute force l'on a voulu gâter en roman sentimental et attendri, avec un mot au dénouement.

C'est cet épisode de la passion de Louis XIV pour la nièce du cardinal, Marie Mancini, qui fut terminé par un départ, au lieu de l'être par un mariage, comme le roi l'avait sérieusement souhaité pendant quelque temps.

Selon les versions les plus courantes, la belle, toute éplorée, lui aurait dit pour adieu: «Vous m'aimez, vous êtes roi, et je pars.» Mot charmant, sans doute, que tout le monde a répété,—même Saint-Simon[435], qui ne s'amuse pas d'ordinaire à redire ainsi les paroles tendres,—mais auquel pourtant, malgré son charme, malgré l'autorité des témoignages qui l'ont garanti, l'impitoyable Bayle n'a pas cru devoir faire grâce. Il eut raison, sauf pour un point, comme on verra.

[435] Notes sur le Journal de Dangeau, dans Lemontey, Monarchie de Louis XIV, p. 170.

Au chapitre LXI de ses Réponses aux Questions d'un Provincial, il remonte à l'origine du mot, et la trouve dans un roman[436] sur lequel il daube d'importance, mais qu'il cite d'abord pour le mieux gourmander après. Voici les lignes qu'il en extrait:

[436] Le Palais-Royal ou les Amours de Madame de la Vallière, 1680, in-12, p. 66.