Le Gascon Cyrano, qui avait été de ses camarades d'étude chez Gassendi, et son copin d'inspiration pour les premières idées de théâtre qui lui jaillirent au cerveau, profita des longues courses de Molière en province pour donner à Paris sa comédie du Pédant joué, dans laquelle il avait glissé l'une des scènes ainsi glanées par lui dans ses entretiens avec le jeune grand homme, c'est celle de la Galère.

Molière de retour, trouvant son idée prise, patienta quelque temps. Il était assez en fonds d'autres bonnes scènes pour se passer de celle-là. Plus tard, la fatigue étant venue lui faire un besoin de ses idées passées, et le forcer à prendre, pour les œuvres de son âge plus mûr, des ressources dans les œuvres de sa jeunesse, il fallut bien qu'il songeât à ce que lui avait tacitement emprunté Cyrano, et que bon gré mal gré il y revînt.

C'est alors que remettant sur pied, dans les Fourberies de Scapin, une des premières farces dont s'était égayé son génie, et y faisant reparaître à son tour cette scène de la Galère, dont Cyrano avait fait le joyau comique de son Pédant joué, il dit et eut raison de dire: «Je reprends mon bien où je le trouve.» C'était en effet son bien qu'il reprenait, et non celui d'autrui qu'il prenait. Grimarest est le seul qui nous ait dit le mot, et il le donne tel que vous venez de le lire, avec les détails mêmes dont je l'ai entouré.

Il n'y a plus que les plagiaires qui le citent autrement. Ils perdraient trop s'ils perdaient ce mot de passe qu'ils se sont complaisamment arrangé, et si Molière ainsi cessait de paraître leur chef de file.


L

Les femmes, pendant ce règne, ont eu leur part de bons mots; elles ont, elles aussi, mis en circulation leur menue monnaie d'esprit courant, monnaie fort bien frappée, je vous jure. Je ne vous parlerai que des mots qui sont de bonne fabrique, de marque certaine.

Je passerai par conséquent sur celui qu'on prête à madame de Maintenon, au lit de mort de Louis XIV[508], parole indigne acceptée par Saint-Simon[509] avec une complaisance méchante, mais que M. de Monmerqué a très logiquement réfutée[510].

[508] Le roi, au milieu des derniers adieux, lui aurait dit: «Nous nous reverrons bientôt,» et la marquise aurait murmuré en se retournant: «Voyez le beau rendez-vous qu'il me donne, cet homme-là n'a jamais aimé que lui-même.» Est-ce possible?