N'est-ce pas le mot de d'Aubigné? N'est-ce pas aussi celui de M. Dupin? Ainsi, toujours de vieux traits refondus, reforgés, refourbis!

L'esprit si renommé de M. de Talleyrand en est fait presque tout entier. On a donné de lui, dans le Mercure du XIXe siècle[698], sous le titre de Talleyrandana, un recueil de bons mots qu'on a étendu ensuite en un petit volume qui s'appelle Album perdu[699]: tout ce qui s'y trouve, ou peu s'en faut, se lit déjà dans une foule de livrets plus ou moins centenaires. On en a changé un peu la rédaction, on les a appliqués à des noms nouveaux: le procédé du rajeunissement n'a pas été plus loin.

[698] T. XXXIII, p. 402.

[699] 1829, in-12.—Ce petit volume est rare. L'exemplaire que nous possédons vient du docteur Koreff, autre grand diseur de bons mots, qui dut faire, lui aussi, son profit de tous ceux qu'on prêtait à M. de Talleyrand. C'est, vous le voyez, un ricochet d'emprunts à n'en plus finir.

Sur une lettre de M. de Talleyrand, datée de Londres, le 17 septembre 1831, se trouve une note bien curieuse, écrite de la main même du frère de ce grand chercheur d'esprit. On y apprend que pour tout bréviaire l'ex-évêque d'Autun lisait, quoi? L'Improvisateur français[700].

[700] Catalogue d'une intéressante collection d'autographes composant le cabinet de feu M. l'abbé Lacoste. Paris, 1840, in-8º, p. 79, nº 711.

C'est nous livrer tout entier le secret de l'esprit de M. de Talleyrand, secret que d'ailleurs nous avions entrevu déjà. L'Improvisateur est, pour que vous le sachiez, un recueil d'anecdotes et de bons mots en vingt et un volumes in-douze, disposés par ordre alphabétique, pour plus de commodité. Vingt et un volumes! Au débit que faisait M. de Talleyrand, il ne lui fallait pas moins.

Avant cette découverte, le recueil me semblait avoir un titre étrange; mais quand je vis par là de quelle utilité il peut être pour qui veut improviser de l'esprit à coup sûr, à heure dite, je trouvai que ce titre était, au contraire, ce qu'il y avait peut-être de plus spirituel dans la collection.

M. de Talleyrand était souvent approvisionné d'esprit avec moins de peine encore, plus gratuitement. Il lui en arrivait de partout, sans qu'il y songeât, sans même qu'il le sût; aussi, pour mon compte, je ne regarde comme étant bien à lui que les mots qu'il a dits publiquement. Ils sont rares. En voici un toutefois qu'on trouve dans un de ses meilleurs discours, prononcé à la Chambre des pairs en 1821: «Je connais quelqu'un qui a plus d'esprit que Napoléon, que Voltaire, que tous les ministres présents et futurs: c'est l'opinion[701]