[701] Cette phrase, qui est restée, eut un très grand succès. (Journal anecdot. de madame Campan.... 1824, in-8º, p. 81.)

Suivant Stendhal[702], c'est aussi M. de Talleyrand qui aurait dit: «La vie privée d'un citoyen doit être murée.» Je l'admets; il y avait prudence, pour le diplomate, à se faire ainsi l'apôtre de la discrétion.

[702] Lettre à M. Colomb, du 31 oct. 1823. (Correspondance, 1855, in-18, Ire part., p. 249.)

Je crois aussi volontiers, sous la garantie de M. Sainte-Beuve[703], que le fameux: «N'ayez pas de zèle[704]» est de M. de Talleyrand.

[703] Critiques et portraits, t. III, p. 324.

[704] Ce n'est en somme que le conseil du ministre Chesterfield à un résident de ses amis: «Temper! lui disait-il, temper! pas de vivacité.» (Philarète Chasle, Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1845, p. 919.)

Tout mot bien venu prenait son nom pour enseigne, et ainsi recommandé ne faisait que mieux son chemin, en raison de cette nonchalante habitude des causeurs, que Nodier définit ainsi: «C'est le propre de l'érudition populaire de rattacher toutes ses connaissances à un nom vulgaire[705].» Un mot ne lui venait quelquefois à lui-même que harassé, défloré. L'apprenant après tout le monde, il en riait naïvement comme d'une nouveauté, quand chacun était las d'en rire. «Mais c'est de vous!» lui disait-on. Si le mot en valait la peine, il laissait dire et ne reniait pas la paternité. C'est à peu près ainsi qu'aux Cent-Jours il apprit par un compliment de M. de Vitrolles que le fameux: C'est le commencement de la fin, mot de situation s'il en fut jamais, était de lui, Talleyrand. Il l'avait trouvé fort juste; il l'endossa donc très volontiers[706].

[705] Questions de littérature légale, p. 68.—«L'homme qu'on choisit ainsi pour lui faire endosser l'esprit de tout le monde est pour les badauds de Paris, lit-on dans la Revue britannique (octob. 1840, p. 316), ce que la statue de Pasquin est pour les oisifs de Rome, une sorte de monument banal où chacun s'arroge le droit d'afficher ses saillies bonnes ou mauvaises.»

[706] Nous devons la connaissance de ce fait à notre savant ami Audibert, qui le tenait de M. de Vitrolles lui-même.—En pareil cas, madame du Deffand y mettait plus de conscience. Sur un mot du roi de Prusse, au sujet des philosophes qui abattent la forêt des préjugés, on prétendait qu'elle avait dit: Ah! voilà donc pourquoi ils nous débitent tant de fagots. Elle trouva le mot joli, mais elle n'écrivit pas moins à Walpole qu'il n'était pas d'elle, et que tout ce qu'elle pouvait faire pour cet enfant perdu de l'esprit, c'était de «l'adopter». (Correspondance, t. Ier, p. 222.) L'abbé de Feller (article d'Alembert) le lui attribue pourtant toujours, et le lui fait décocher à l'adresse du grand encyclopédiste: c'est ajouter une erreur à une autre, car l'on sait que d'Alembert était le seul qu'elle exceptât de son éloignement bien connu pour la plupart des philosophes. (Correspondance, t. IV, p. 224.)