Que tout ce que en cloistre peut ouvrer
Close nonnain ni en désert hermite.
Tout cela, certes, est charmant; mais en histoire il faut de bien autres raisons. Comment trouver, par exemple, quelque autorité historique au madrigal du Père des Lettres, quand on sait que c'est une traduction de Pétrarque[202] où il mit Agnès, comme il aurait mis tout autre nom? Cette gloire-là, toute d'emprunt, à mon sens, se trouve ainsi prouvée et chantée comme elle le mérite.
[202] Nicolas Bourbon, qui l'a traduit en latin, le dit positivement. (Nugarum liber VII, p. 389.)
La critique moderne en a, du reste, fait pleine justice[203]. Charles VII y gagne tout ce qu'y perd la belle Agnès. On sait maintenant que ses inspirations de courage lui vinrent de lui-même et qu'il n'était, dès le commencement de son règne, ni couard, ni nonchalant, quoi qu'en ait dit M. H. Martin[204] se contredisant lui-même[205].
[203] Vallet de Viriville, loc. citat.—Du Fresne de Beaucourt, Le Règne de Charles VII, etc., 1856, in-8º, p. 24-25.
[204] Hist. de France, t. VI, p. 401.
[205] Au commencement du même volume, p. 90, M. Martin avait reconnu le courage de Charles VII.
On sait aussi ce qu'il faut croire des royales orgies dans lesquelles on le fait se plonger pour se distraire de ses malheurs. Charles VII fut toujours plus ami de la tristesse que de la joie. «Solitaire estoit,» dit Henri Baude[206]; «et sobre à table,» ajoute G. Chatellain[207]. S'il n'avait eu par goût ce dernier mérite, la misère dans laquelle il fut si longtemps le lui eût, bon gré mal gré, imposé. Quel grand train pouvait mener un prince si misérable et si malaisé qu'un cordonnier lui refusât une paire de houssiaux (bottes), faute d'avoir été payé d'avance, comme le disait, dans une chanson célèbre[208], le bon peuple, qui, sachant la vérité sur sa pénurie, lui en tint compte plus tard? Quelle grande chère vouliez-vous que fît un pauvre prince dont pendant plusieurs années la table ne fut approvisionnée qu'avec le produit des étangs du chapitre de Saint-Étienne de Bourges[209], et qui un jour, c'est encore la chanson populaire qui le dit, n'eut à faire servir à ses hôtes
..... Qu'une queue de mouton