Adieu, plaisant pays de France,

O ma patrie

La plus chérie! etc.,

n'est qu'une mystification de journaliste, avouée par le journaliste Querlon, et néanmoins reproduite à satiété, dans des torrents de larmes et d'encre sortis de plumes bien taillées et sentimentales. Querlon a imprimé l'aveu de sa faute, et néanmoins dictionnaires et biographies, bibliographies, albums, notices, et le reste, ont reproduit fidèlement la légende; elle est encore écrite et imprimée dans la Biographie universelle de MM. Michaud. Mais la vérité vaut-elle la peine qu'on la dise? Plusieurs pensent que non, je crois que oui, j'ai tort peut-être.»

Je ne suis pas de ceux que la vérité effraye; aussi les lignes de M. Ph. Chasles ne firent-elles que me mettre en goût. Sans désemparer, je me lançai à la recherche des preuves de ce qu'il venait de m'apprendre.

J'y étais d'autant plus porté, que la chanson de Marie Stuart, imprimée, pour la première fois, en 1765, dans cette Anthologie[299] en trois volumes dont Monet avait fait les frais, dont ce même Meusnier de Querlon avait écrit l'introduction, m'avait toujours semblé un peu suspecte. La mention banale: tirée du manuscrit de Buckingham, ne me rassurait pas du tout. Ce que je savais d'ailleurs des habitudes de Querlon, qui prenait volontiers plaisir à ces sortes de mystifications littéraires; ce que je connaissais de son petit livre publié à Magdebourg, en 1761, les Innocentes Impostures, ou Opuscules de M.***, n'était pas fait pour me donner plus de confiance.

[299] 1765, in-8º, t. I, p. 19.

Je cherchai donc. D'abord je trouvai un article de la Revue des Deux-Mondes[300], dans lequel M. Ph. Chasles avait émis, pour la première fois, le fait répété sous une autre forme dans son feuilleton des Débats. Il persistait dans son dire, donc il en était bien sûr. C'était de quoi me rendre plus confiant encore, plus ardent à la découverte du reste. Il m'apprenait, de plus, que la lettre dans laquelle M. de Querlon trahissait lui-même sa petite imposture était adressée à l'abbé Mercier de Saint-Léger. Il fallait chercher cette lettre; je ne m'en fis pas faute, comme bien vous pensez.

[300] Ier juin 1844, art. sur les Pseudonymes anglais au XVIIIe siècle.

Chemin faisant, j'appris que Mme de Norbelly fille de Querlon, morte il y a trente ans environ, s'amusait souvent à conter l'histoire de la supercherie commise par son père, et dont le monde entier s'obstinait à être la dupe[301]. Je découvris quelques lignes de M. Viollet-le-Duc[302], où il soutenait, lui aussi, que la chanson attribuée à Marie Stuart n'était certainement pas d'elle. J'acquis de plus, par un article de M. Sainte-Beuve dans le Journal des Savants[303], une nouvelle preuve que l'assurance donnée à l'abbé de Saint-Léger par Querlon sur la véritable origine de la chanson était très réelle; enfin, je sus que l'un de nos plus riches amateurs possédait, dans sa collection, l'autographe même de la lettre dans laquelle l'innocente fraude se trouvait révélée par son auteur[304]. C'était tenir tout; cependant, je ne sais pourquoi, je ne me défiai pas moins.