[329] T. IV, p. 258.

[330] 20 prairial an IX, p. 266.

Pour asseoir une certitude au milieu de ces contradictions, il faudrait quelque autorité irrécusable, la parole d'un homme qui a vu, puis écrit ce qu'il a vu. Sully, pour qui le souvenir de ce massacre, où il faillit périr, devait être une vive impression d'enfance, serait, quoique huguenot, fort bien venu pour ce témoignage. Je l'ai cherché dans ses Mémoires, et n'ai rien trouvé[331]. L'attestation de Brantôme peut-elle en tenir lieu? Je ne le crois pas, puisque à l'époque des massacres de Paris, Brantôme se trouvait à Brouage[332]. D'Aubigné, dont M. Lud. Lalanne[333] m'a opposé le double témoignage, en prose, dans l'Histoire universelle[334], en vers dans les Tragiques[335], mérite-t-il plus de créance, lorsque, tenant, lui aussi, pour la fenestre du Louvre,—celle de la chambre du roi,—il nous dit que «de là Charles IX giboyoit aux corps passants»? Je répéterai non, pour d'Aubigné comme pour Brantôme, et cela, non seulement parce que, de son aveu[336], il avait quitté Paris trois jours avant la nuit du massacre, mais encore parce que, protestant acharné, il a trop l'habitude de transformer la vérité au gré de ses haines et de la passionner jusqu'au mensonge. Je le récuse, comme fait tout bon juge pour tout témoin qu'il croirait intéressé; comme Malherbe, qui le connaissait bien, le récusait nettement, même pour le récit de ce qui s'était «faict auprès de luy, et par manière de dire, à sa porte[337]». Un écrivain naïf, assez du moins pour rester vrai, me prouvant qu'il a vu, et me le racontant sans phrase, serait bien mieux mon affaire. A ces conditions d'honnêteté naïve, sauvegarde de sincérité, je le prendrais volontiers, comme je l'aurais fait pour l'honnête Sully, même dans le camp huguenot. Or, c'est en effet là que je l'ai trouvé lorsque je ne le cherchais plus. Comme je relisais, il y a quelques mois, une des pièces de ce temps, dont le titre suffit pour indiquer l'esprit tout huguenot, le Tocsin contre les massacreurs et auteurs des confusions en France[338], voici ce qui me tomba sous les yeux. Notez que la pièce est presque contemporaine du fait, puisque la première édition date de 1579, tandis que le récit de Brantôme ne fut pas écrit avant 1594[339], et que celui de d'Aubigné vint encore bien plus tard[340].

[331] M. P. de Baroncourt avait fait la même recherche, sans plus de succès, et avait tiré de ce silence la conclusion que j'en tire. V. son Analyse raisonnée de l'Histoire de France, 1851, in-8º.

[332] Œuvres de Brantôme, 1779, in-8º, t. I, p. 62-63. M. Lalanne dit lui-même qu'«on peut ici répéter le témoignage de Brantôme». (Correspondance littér., 5 août 1858, p. 224.)

[333] Correspondance littér., 5 août 1858, p. 223.

[334] 1626, in-fol., p. 550.

[335] Édit. elzévir., p. 240.

[336] Mémoires de d'Aubigné, édition Lud. Lalanne, p. 23.

[337] Lettre de Malherbe à son cousin M. de Bouillon, du 14 février 1620.