[338] Cimber et Danjou, Archives curieuses, 1re série, t. VII, p. 61-62.

[339] V. sa Vie en tête de l'édition de ses Œuvres, 1779, in-8º, t. I, p. 75.

[340] Son Histoire universelle ne fut publiée pour la première fois que de 1616 à 1620, au fur et à mesure qu'il l'achevait.

«Or, dit l'auteur du Tocsin, encores qu'on eust pu penser que ce carnage estant si grand, eust pu rassasier la cruauté d'un jeune Roy, d'une femme et de plusieurs gens d'authorité de leur suite, néantmoins ils sembloient d'autant plus s'acharner que le mal croissoit devant leurs yeux; car le Roy de son costé ne s'y espargnoit point; NON PAS QU'IL Y MIST LES MAINS, mais parce qu'estant au Louvre, à mesure qu'on massacroit par la ville, il commandoit qu'on lui apportast les noms des occis ou des prisonniers, afin qu'on délibérast sur ceux qui estoient à garder ou à défaire[341]

[341] Dans un récent article de l'Intermédiaire (t. II, p. 88), où l'on revient sur cette question, le passage que je viens de citer a été repris, comme preuve décisive en faveur de Charles IX. On y ajoute des extraits de deux écrits protestants: Le Réveil-Matin des François et les Mémoires de l'Estat de France sous Charles IX, où le fait de l'arquebuse n'est donné que comme un on-dit. M. G. Gandy, dans la Revue des Questions historiques, décembre 1866, p. 329, donne aussi une conclusion conforme à la nôtre.

Il me semble qu'après ce témoignage, où Charles IX est certes assez mal traité, mais seulement au moins dans les limites de la vérité; il me semble évident qu'après ces mots: non pas qu'il y mist les mains..., que l'on croirait avoir été écrits dans un élan de sincérité pour réfuter les calomnies déjà répandues, l'on ne peut plus sérieusement répéter que Charles IX prit part aux massacres, en arquebusant les huguenots de la fenêtre de sa chambre.

Il avait bien d'autres soucis, comme on vient de l'apprendre par le témoignage du pamphlet huguenot, mais comme on le sait encore mieux par une de ses lettres, retrouvée en 1842, qu'il avait écrite le lendemain du massacre au duc de Longueville, gouverneur de Picardie[342]. Il dit qu'il n'a pu s'opposer au mal, ni même y apporter remède. «Ayant eu assez à faire, ajoute-t-il, à employer mes gardes et autres forces, pour me tenir le plus fort en ce chasteau du Louvre, pour après faire donner par toute la ville de l'appaisement de la sédition,» et pour prévenir d'autres massacres, «dont j'aurois un merveilleux regret[343]

[342] Citée dans la Revue de Bibliographie de MM. Miller et Aubenas, t. III, p. 72.

[343] Il ne put malheureusement les prévenir partout. Les ordres donnés en son nom, par sa mère et par son frère le duc d'Anjou, qui avaient tout conduit à Paris, et voulaient continuer dans les provinces, devancèrent les siens. V. p. 206, 211, 216, 219, note.

M'en voudra-t-on pour ces démentis que je donne à l'opinion commune? Ce serait avoir mauvaise grâce. Ce que j'ai tâché de détruire là n'est pas, en effet, une de ces «belles choses, lesquelles, disait Pasquier, bien qu'elles ne soyent aydées d'aucteurs anciens, si est-ce qu'il est bien séant à tout bon citoyen de les croire pour la majesté de l'empire[344]».