—Arrête, mon frère; ces blés ne m'appartiennent pas, ils sont à Miliza, la fille de mon frère.

Le feu cessa aussitôt, et dès lors notre homme fut heureux, grâce à
Miliza.

* * * * *

—Seigneur Dalmate, dis-je, à mon conteur, votre histoire est jolie, quoiqu'elle sente terriblement le turc. En mon pays, nous avons d'autres idées: loin de nous en remettre à la fortune, nous comptons sur nous-mêmes, sur notre esprit plus encore que sur notre bras, sur notre prudence plus que sur notre hardiesse. Aussi, dans ma patrie, paye-t-on cher un bon conseil.

—Ainsi fait-on chez moi, me répondit le Dalmate en rajustant son bonnet de peau qui lui tombait sur les yeux; écoutez ce qui est arrivé, l'an dernier, à un de mes voisins.

VIII

LE FERMIER PRUDENT

Il y avait près de Raguse un fermier qui se mêlait aussi de commerce. Un jour, il partit pour la ville, emportant avec lui tout son argent, afin de faire quelques achats. En arrivant à un carrefour, il demanda à un vieillard qui se trouvait là quelle route il lui fallait prendre.

—Je te le dirai si tu me donnes cent écus, répondit l'étranger; je ne parle pas à moins; chacun de mes avis vaut cent écus.

—Diable! pensa le fermier en regardant la mine de l'étranger, qui avait l'air d'un renard, qu'est-ce que peut être un avis qui vaut cent écus? Ce doit être quelque chose de bien rare, car, en général, on vous donne pour rien des conseils; il est vrai qu'ils ne valent pas davantage. Allons, dit-il à l'homme, parle, voilà tes cent écus.