—Écoute donc, reprit l'étranger; cette route qui va tout droit, c'est la route d'aujourd'hui; celle qui fait un coude, c'est la route de demain. J'ai encore un avis à te donner, continua-t-il; mais il faut aussi me le payer cent écus.
Le fermier réfléchit longtemps, puis il se décida.
—Puisque j'ai payé le premier conseil, je puis bien payer le second.
Et il donna encore cent écus.
—Écoute donc, lui dit l'étranger: Quand tu seras en voyage et que tu entreras dans une hôtellerie, si l'hôte est vieux et si le vin est jeune, va-t-en au plus vite si tu ne veux pas qu'il t'arrive malheur. Donne-moi encore cent écus, ajouta-t-il, j'ai encore quelque chose à te dire.
Le fermier se mit à réfléchir.
—Qu'est-ce donc que ce nouvel avis? Bah! puisque j'en ai acheté deux, je peux bien payer le troisième.
Et il donna ses derniers cent écus.
—Écoute donc, lui dit l'étranger: si jamais tu te mets en colère, garde la moitié de ton courroux pour le lendemain; n'use pas toute ta colère en un jour.
Le fermier reprit le chemin de sa maison, où il arriva les mains vides.