—Encore un conte! repris-je avec impatience.
—Seigneur, me dit-il, c'est le dernier et le meilleur; nous voici en vue des bouches du Danube, demain nous nous quitterons pour ne plus nous revoir ici-bas. Écoutez donc avec patience une dernière leçon.
LE LANGAGE DES ANIMAUX
Il y avait une fois un berger qui depuis de longues années servait son maître avec autant de zèle que de fidélité. Un jour qu'il gardait ses moutons, il entendit un sifflement qui venait du bois; ne sachant pas ce que c'était, il entra dans la forêt, suivant le bruit pour en connaître la cause. En approchant, il vit que l'herbe sèche et les feuilles tombées avaient pris feu, et au milieu d'un cercle de flammes il aperçut un serpent qui sifflait. Le berger s'arrêta pour voir ce que ferait le serpent, car autour de l'animal tout était en flammes, et le feu approchait de plus en plus.
Dès que le serpent aperçut le berger, il lui cria: «Au nom de Dieu, berger, sauve-moi de ce feu!» Le berger lui tendit son bâton par-dessus la flamme; le serpent s'enroula autour du bâton et monta jusqu'à la main du berger; de la main il glissa jusqu'au cou et l'entoura comme un collier. Quand le berger vit cela, il eut peur et dit au serpent:
—Malheur à moi! t'ai-je donc sauvé pour ma perte?
L'animal lui répondit:
—Ne crains rien, mais reporte-moi chez mon père, le roi des serpents.
Le berger commença de s'excuser sur ce qu'il ne pouvait laisser ses moutons sans gardien; mais le serpent lui dit:
—Ne l'inquiète en rien de ton troupeau; il ne lui arrivera point de mal; va seulement aussi vite que tu pourras.