Mais Fidèle ne voulait pas s'arrêter; il avait du feu dans les veines, il jappa tant et tant, que Gracieux oublia les cigales pour courir après l'importun.
Le soir venu, Gracieux rencontra la mouche à miel toute chargée de butin.
—Où vas-tu? lui dit-il.
—Je retourne chez moi, répondit l'abeille, et ne veux pas quitter ma ruche.
—Eh quoi! reprit Gracieux, laborieuse comme tu es, vas-tu faire comme la cigale et renoncer à ta part d'immortalité?
—Ton Château est trop loin, répondit l'abeille, je n'ai pas ton ambition. Mon oeuvre de chaque jour me suffit, je ne comprends rien à tes voyages; pour moi, le travail, c'est la vie.
Gracieux fut un peu ému d'avoir perdu dès le premier jour tant de compagnons de route; mais, en pensant avec quelle facilité il avait fourni la première étape, son coeur fut plein de joie; il caressa Fidèle, attrapa des mouches que Pensive lui prenait dans la main, et s'endormit plein d'espoir en rêvant à sa grand'mère et aux deux fées.
IV
Le lendemain, dès l'aurore, Pensive avertit son jeune maître.
—Partons, disait-elle. Déjà la mer blanchit à la plage, l'oiseau chante, la mouche bourdonne, la fleur s'ouvre au soleil; partons, il est temps.