Aller tout droit n'est pas le goût des papillons; aussi l'ami de Gracieux se perdait-il sans cesse au milieu des herbes; Gracieux, qui de sa vie n'avait été libre, et qui n'avait jamais vu tant de fleurs ni tant de soleil, suivait tous les zigzags du papillon, il ne s'inquiétait pas plus de la journée que si elle ne devait jamais finir. Mais au bout de quelques lieues son nouvel ami se sentit fatigué.

—N'allons pas plus loin, disait-il à Gracieux; vois comme cette nature est belle; que ces fleurs sentent bon! comme ces champs embaument! restons ici; c'est ici qu'est la vie.

—Marchons, disait Fidèle, la journée est longue et nous ne sommes qu'au début.

—Marchons, disait Pensive, le ciel est pur, l'horizon infini; allons toujours en avant.

Gracieux, rentré en lui-même, fit de sages raisonnements au papillon qui voltigeait toujours de droite et de gauche, ce fut en vain.

—Que m'importe? disait l'insecte; hier j'étais chenille, ce soir je ne serai rien, je veux jouir aujourd'hui. Et il s'abattit sur une rose de Paestum toute grande ouverte.

Le parfum était si fort que le pauvre papillon en fut asphyxié; Gracieux essaya en vain de le rappeler à la vie, et, après l'avoir pleuré, il le mit avec une épingle à son chapeau comme une cocarde.

Vers midi, ce fut le tour des cigales de s'arrêter.

—Chantons, disaient-elles; la chaleur va nous accabler, si nous luttons contre la force du jour. Il est si bon de vivre dans un doux repos! Viens, Gracieux, nous t'égayerons, et tu chanteras avec nous.

—Écoutons-les, disait Pensive, elles chantent si bien!