—Cher fils, répondit-elle, on ne peut plus vivre sur la terre quand on a entrevu les célestes délices de cette demeure. Tu as vécu, mon bon Gracieux; la vie n'a plus rien à t'apprendre. Plus heureux que moi, tu as traversé en quatre jours ce désert où j'ai langui quatre-vingts ans: désormais rien ne peut plus nous séparer.
La porte se referma; depuis lors on n'a jamais entendu parler ni de Gracieux ni de sa grand'mère. C'est en vain que dans la Calabre le roi de Naples a fait rechercher le palais et la fontaine enchantés; on ne les a jamais retrouvés sur la terre. Mais, si nous entendions le langage des étoiles, si nous sentions ce qu'elles nous disent, chaque soir, en nous versant leur doux rayon, il y a longtemps qu'elles nous auraient appris où est le Château de la Vie et la Fontaine d'immortalité.
IX
Nunziata avait achevé son récit que je l'écoutais encore; j'admirais ces yeux où éclatait une foi naïve dans les merveilles que sa mère lui avait récitées; je suivais le geste de ces petites mains qui semblaient peindre les hommes et les choses.
—Eh bien! Excellence, me cria le pêcheur, vous ne dites rien? La marchesina vous a charmé comme elle en a charmé tant d'autres. C'est qu'aussi ce ne sont pas là des contes; nous vous montrerons à Salerne la maison de Gracieux.
—C'est bien, patron, lui répondis-je un peu honteux de m'être amusé de pareilles fables. L'enfant conte agréablement, et, pour l'en remercier, dès que nous serons à terre, je veux lui acheter un chapelet d'ivoire avec de gros grains d'argent.
Elle rougit de plaisir, je l'embrassai, ce qui la rendit plus rouge encore, tandis que le père me regardait et tournait vers ses compagnons des yeux brillants de joie.
—Demain, dit-il, demain, si vous le permettez, Excellence, elle vous récitera une histoire plus belle encore, et qui vous fera rire et pleurer.
Le lendemain, nous allions d'Almalfi à Salerne, et Nunziata… Mais ceci est un secret que je garde pour l'an prochain, si le conte de Gracieux n'a pas trop ennuyé le lecteur.