—As-tu souffert pour celle que tu as aimée? reprit la voix.
—J'ai souffert, dit Gracieux, beaucoup par ma faute sans doute, mais un peu pour celle que je veux sauver.
La porte s'ouvrit à moitié, l'enfant aperçut une perspective infinie: des bois, des eaux, un ciel plus beau que tout ce qu'il avait rêvé.
—As-tu toujours fait ton devoir? reprit la voix d'un ton plus dur.
—Hélas! non, reprit Gracieux en tombant à genoux; mais, quand j'y ai manqué, j'ai été puni par mes remords plus encore que par les rudes épreuves que j'ai traversées. Pardonnez-moi, et, si je n'ai pas encore expié toutes mes fautes, châtiez-moi comme je le mérite; mais sauvez ce que j'aime, gardez-moi ma grand'mère.
Aussitôt la porte s'ouvrit à deux battants sans que Gracieux vit personne. Ivre de joie, il entra dans une cour entourée d'arcades garnies de feuillage; au milieu était un jet d'eau qui sortait d'une touffe de fleurs plus belles, plus grandes, plus odorantes que celles de la terre. Près de la source était une femme vêtue de blanc, de noble tournure, et qui ne semblait pas avoir plus de quarante ans; elle marcha au-devant de Gracieux et le reçut avec un sourire si doux, que l'enfant se sentit touché jusqu'au fond du coeur et que les larmes lui vinrent aux yeux.
—Ne me reconnais-tu pas? dit la dame à Gracieux.
—O mère-grand, est-ce vous? s'écria-t-il: comment êtes-vous au Château de la Vie?
—Mon enfant, lui dit-elle en le serrant contre son sein, celle qui m'a portée ici est une fée plus puissante que les fées des eaux et des bois. Je ne retournerai plus à Salerne; je reçois ici la récompense du peu de bien que j'ai fait, en goûtant un bonheur que le temps ne tarira pas.
—Et moi, grand'mère, s'écria Gracieux, que vais-je devenir? Après vous avoir vu ici, comment retourner là-bas dans la solitude?