—Fort bien, dit le roi. Tu mériterais d'être pendu, mais je te pardonne, à la condition que demain, à pareille heure, tu auras pris à mes pâtres mon taureau noir, que je leur fais soigneusement garder.

—Majesté, répondit le petit homme gris, ce que vous me demandez est chose impossible. Comment voulez-vous que je trompe une pareille vigilance?

—Si tu ne le fais, reprit le roi, tu seras pendu.

Et, d'un signe de main, il congédia notre voleur, à qui chacun répétait tout bas: Pendu! pendu! pendu!

Le petit homme gris retourna dans la cabane, où il fut tendrement reçu par le vieillard et sa femme. Mais il ne leur dit rien, sinon qu'il avait besoin d'une corde et qu'il partirait le lendemain au point du jour. On lui donna l'ancien licou de la vache; sur quoi il alla se coucher et dormit en paix.

Aux premières lueurs de l'aurore, le petit homme gris partit avec sa corde. Il alla dans la forêt, sur le chemin où devaient passer les pâtres du roi, et, choisissant un gros chêne bien en vue, il se pendit par le cou à la plus grosse branche. Il avait eu grand soin de ne pas faire un noeud coulant.

Bientôt après, deux pâtres arrivèrent, escortant le taureau noir.

—Ah! dit l'un d'eux, voilà notre fripon qui a reçu sa récompense. Cette fois, du moins, il n'a pas volé son licou. Adieu, mon drôle, ce n'est pas toi qui prendras le taureau du roi.

Dès que les pâtres furent hors de vue, le petit homme gris descendit de l'arbre, prit un chemin de traverse et s'accrocha de nouveau à un gros chêne près duquel passait la route. Qui fut surpris à l'aspect de ce pendu? ce furent les pâtres du roi.

—Qu'est-ce là? dit l'un d'eux; ai-je la berlue? Voilà le pendu de là-bas qui se trouve ici!