—Que tu es bête! dit l'autre. Comment veux-tu qu'un homme soit pendu en deux places à la fois? C'est un second voleur, voilà tout.
—Je te dis que c'est le même, reprit le premier berger; je le reconnais à son habit et à sa grimace.
—Et moi, reprit le second, qui était un esprit fort, je te parie que c'en est un autre.
La gageure acceptée, les deux pâtres attachèrent le taureau du roi à un arbre et coururent au premier chêne. Mais, tandis qu'ils couraient, le petit homme gris sauta à bas de son gibet et mena tout doucement le taureau chez le paysan. Grande joie dans la maison; on mit la bête à l'étable en attendant qu'on la vendît.
Quand les deux pâtres rentrèrent, le soir, au château, ils avaient l'oreille si basse et l'air si déconfit, que le roi vit de suite qu'on s'était joué de lui. Il envoya chercher le petit homme gris, qui se présenta avec la sérénité d'un grand coeur.
—C'est toi qui m'as volé mon taureau, dit le roi.
—Majesté, répondit le petit homme, je ne l'ai fait que pour vous obéir.
—Fort bien, dit le roi; voici dix écus d'or pour le rachat de mon taureau; mais, si dans deux jours tu n'as pas volé les draps de mon lit tandis que j'y couche, tu seras pendu.
[Illustration: Voilà le pendu de là-bas qui se trouve ici!]
—Majesté, dit le petit homme, ne me demandez pas une pareille chose. Vous êtes trop bien gardé pour qu'un pauvre homme tel que moi puisse seulement approcher du château.