Que de folies, dira-t-on, et chez un homme que son état et son âge condamnent au sérieux à perpétuité.

—Holà! graves censeurs, laissez-moi rire, avec vos enfants. Vous aussi, vous me faites rire, et souvent, mais ce rire-là attriste mon coeur. Grands hommes d'aujourd'hui, j'ai toute l'année pour admirer votre étonnante sagesse; laissez-moi vous oublier un jour et jouer avec ces âmes innocentes qui, grâce à Dieu, ne savent pas encore ce que vous savez.

ZERBIN LE FAROUCHE

CONTE NAPOLITAIN

I

Il y avait une fois à Salerne un jeune bûcheron qui s'appelait Zerbin. Orphelin et pauvre, il n'avait point d'amis; sauvage et taciturne, il ne parlait à personne, et personne ne lui parlait. Comme il ne se mêlait point des affaires d'autrui, chacun le tenait pour un sot. On l'avait surnommé le farouche; jamais titre ne fut mieux mérité. Le matin, quand tout dormait encore dans la ville, il s'en allait à la montagne, la veste et la cognée sur l'épaule; il vivait seul dans les bois, tout le long du jour, et ne rentrait qu'à la brume, traînant après lui quelque méchant fagot dont il achetait son souper. Quand il passait devant la fontaine où tous les soirs, les jeunes filles du quartier allaient emplir leur cruche et vider leur gosier, chacune riait de cette sombre figure et se moquait du pauvre bûcheron. Ni la barbe noire ni les yeux brillants de Zerbin n'effrayaient cette troupe effrontée; c'était à qui provoquerait l'innocent.

—Zerbin de mon âme, criait l'une, dis un mot, je te donne mon coeur.

—Plaisir de mes yeux, reprenait l'autre, montre-moi la couleur de tes paroles, je suis à toi.

—Zerbin, Zerbin, répétaient en choeur toutes ces têtes folles, qui de nous choisis-tu pour femme? Est-ce moi? Est-ce moi? Qui prends-tu?

—La plus bavarde, répondait le bûcheron, en leur montrant le poing.