En entendant ces mots, Aléli leva les bras au ciel et se mit à fondre en larmes. Puis, elle tomba aux genoux du roi en sanglotant. Au même moment, les deux femmes entrèrent, toujours riant aux éclats.
—Silence, misérables, silence! s'écria Mouchamiel, indigné de ce manque de respect.
Mais plus le roi criait: Silence! et plus les deux femmes riaient, sans souci de l'étiquette.
—Gardes, dit le prince hors de lui, qu'on saisisse ces insolentes, et qu'on leur tranche la tête. Je leur apprendrai qu'il n'y a rien de moins plaisant qu'un roi.
—Sire, dit Aléli, enjoignant les mains, rappelez-vous que vous avez illustré votre règne en abolissant la peine de mort.
—Tu as raison, ma fille. Nous sommes des gens civilisés. Qu'on épargne ces femmes, et qu'on se contente de les traiter à la russe, avec tous les ménagements voulus. Bâtonnez-les jusqu'à ce qu'elles meurent naturellement.
—Grâce! mon père, dit Aléli; c'est moi, c'est votre fille qui vous en supplie.
—Pour Dieu! qu'elles ne rient plus, et qu'on m'en débarrasse, dit le bon Mouchamiel. Emmenez ces pécores, je leur pardonne; qu'on les enferme dans une cellule jusqu'à ce qu'elles y crèvent de silence et d'ennui.
—Ah! mon père, sanglota la pauvre Aléli.
—Allons, dit le roi, qu'on les marie, et que ça finisse!